Performance

Festival Prémices : Modeste Proposition au Théâtre du Nord, Idéal, Tourcoing

Festival Prémices : Modeste Proposition au Théâtre du Nord, Idéal, Tourcoing

26 mai 2013 | PAR Audrey Chaix

 

Jonathan Heckel est un habitué des planches lilloises : en partie formé à l’EPSAD, on l’a vu cette saison au Théâtre du Nord dans Au Bois Lacté et dans Fractures, deux pièces mises en scène par Stuart Seide. Il faisait aussi parti de la première édition de Prémices, en 2012, avec Stop The Tempo! Cette année, il revient en solo, dans une performance inspirée d’un pamphlet de Jonathan Swift écrit en 1729, où l’auteur propose de résoudre le problème de la faim dans le monde… en mangeant les enfants des pauvres. Cynique.

Le dispositif scénique se veut proche du public, tout comme le comédien qui, vêtu d’une tunique de boucher, invite les spectateurs à s’installer sur les chaises disposées dans le bar du théâtre de l’Idéal. En coupant quelques tranches de saucisson pour les convives, il commence d’un ton badin, partant d’un constat que l’on ne peut manquer de faire en arrivant à l’Idéal : on a beau être à Tourcoing, la majorité du public est venue de Lille. Sur le ton de la conversation, Heckel parle de l’actualité, de la population rom dans la métropole lilloise, du taux de pauvreté, de la misère sociale… avant de lancer l’idée de Swift : pour relancer l’économie, lutter contre la pauvreté et assurer un revenu confortable aux familles nombreuses, pourquoi ne pas racheter la viande des enfants des pauvres parvenus à l’âge de un an ?

La proposition se veut horrible de cynisme, et Heckel l’énonce avec un petit sourire en coin qui fleure bon l’ironie. Pendant qu’il brode autour de la suggestion de Swift, il prépare quelques burgers à manger. Oignons caramélisés et déglacés au balsamique (quelque peu cramés…), viande de bœuf hachée sur place, pain grillé dans un toaster… tout en philosophant, il cuisine et interpelle le public pour mieux argumenter son propos.

Si l’on passe un très bon moment à rire quelque peu jaune, tout en humant avec plaisir les effluves de viande et d’oignons frits, on regrette qu’Heckel n’aille pas plus loin dans sa modeste proposition, qu’il ne soit plus tranchant (malgré son couteau remarquablement aiguisé), qu’il ne donne pas plus de détails croustillants qui rendraient son propos à la limite du supportable. Car malgré cette diatribe qui fait l’éloge du cannibalisme, on se surprend à ne souhaiter qu’une seule chose en applaudissant : un bon steak bien saignant.

Le texte original de Jonathan Swift es consultable ici.

Photos proposées par le service de presse du Théâtre du Nord.

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