Théâtre
Fractures au Théâtre du Nord

Fractures au Théâtre du Nord

30 janvier 2013 | PAR Audrey Chaix

Cette production de Fractures, par le Théâtre du Nord, c’est un peu la pièce que tout le monde attendait, cette saison. La dernière mise en scène de Stuart Seide avant la fin de son mandat à la tête de l’institution, quinze ans après la première. Une auteure écossaise, Linda McLean, dont la pièce Strangers, babies, est jouée pour la première fois en France. Six comédiens, une femme et les cinq hommes auxquels elle se confronte scène par scène, dévoilant ainsi peu à peu les interstices de sa vie, sans pour autant dire le mystère… Un théâtre de mots qui, subtilement, laisse aux non-dits le soin de dévoiler la réalité des relations humaines.

 

Sur un plateau délimité par deux murs qui se rejoignent en pointe, comme pour mieux signifier l’impasse dans laquelle semble se trouver la jeune May, le décor est sobre, monacal même. Des murs et des accessoires gris, sans fioritures ni chichis, mettant les personnages au centre de l’action, au centre du regard. Entre les changements de scène, les figures masculines qui entourent May apparaissent en ombres chinoises derrière les pans de mur, aussi anonymes que la jeune femme est visible, elle qui ne disparaît jamais de scène. Charge énorme pour Sophie-Aude Picon, qui interprète May, à qui aucun répit n’est accordé. A la fois solide et fragile, elle incarne avec perfection cette jeune femme qui se révèle peu à peu au fur et à mesure des scènes.

 

Fracturée, la pièce l’est avant tout dans sa structure : cinq scènes relativement courtes pour un ensemble de 90 minutes, que l’on ne voit pas passer. Dans la première, May et son mari discutent du sort d’un oisillon blessé sur le balcon. La seconde est l’occasion pour la jeune femme de se confronter à son père revanchard, en fin de vie dans un centre de soins palliatifs. Vient ensuite l’amant, rencontré sur Internet, puis le frère, qui permet à May de commencer à lever un voile sur un passé douloureux, traumatique. Enfin, l’assistant social, venu vérifier que tout se passe bien entre la mère et son jeune enfant. Au milieu de tous ses hommes, plus ou moins gentils avec elle, plus ou moins violents, plus ou moins préoccupés de son bien-être à elle, May semble bien frêle, toujours au bord de la panique – mais elle tient tête avec fierté, en quête de compréhension, de repentance, voire même d’une passion dont elle a tellement soif.

 

On pense à Pinter en assistant à cette dissection des rapports humains : Linda McLean part de la trivialité du quotidien pour amener, peu à peu, ses personnages vers une profondeur terrible, une menace qui se dessine entre les piques d’humour qui saillent du texte et la banalité apparemment bénigne des conversations. Sans jamais en faire trop, sans jamais tout dire, bien au contraire, Linda McLean nous propose ici une pièce d’une forme déconcertante, qui donne matière à réfléchir autant qu’elle crée l’émotion autour d’un beau portrait de femme. Et ce texte est parfaitement servi par une mise en scène qui est là pour le sublimer.

 

Première réflexion à la sortie de la salle : cette production est faite pour la petite salle du Théâtre de la Colline. Pour l’instant, après la série de représentations à Tourcoing, elle part au Théâtre Ouvert à Paris du 20 mars au 13 avril. A bon entendeur…

 

 

Photos : Frédéric Iovino

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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