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Au Bois lacté au Théâtre du Nord : reprise

Au Bois lacté au Théâtre du Nord : reprise

30 septembre 2012 | PAR Audrey Chaix

Au Bois lacté avait clos la saison 2010 / 2011 du Théâtre du Nord en juin 2011. Avant un départ en tournée, qui emmènera la troupe aux quatre coins de la France, la pièce mise en scène par Stuart Seide ouvre la nouvelle saison dans la maison qui l’a vue naître. Les habitués reviennent écouter la poésie de Dylan Thomas, profondément ancrée dans la réalité, et pourtant si légère, si aérienne, tandis que ceux qui n’étaient pas là en juin 2011, découvrent cette déroutante production en se laissant porter par l’excellente traduction de Jacques B. Brunius.

Au Bois lacté n’est pas une pièce avec un début et une fin identifiés, des protagonistes soutenant un enchaînement narratif traditionnel. Il s’agit là d’un long poème radiophonique écrit par Dylan Thomas, le grand écrivain gallois, et diffusé pour la première fois en 1954. Dans le petit village de Llareggub, plus de 70 habitants mettent à nu leur vie de tous les jours, des préoccupations les plus triviales aux pensées les plus intimes, de l’amour à la mort. Tous les âges de la vie expriment leurs joies et leurs angoisses, et les relations entre chacun des villageois se font et se défont sous le regard bienveillant des deux narrateurs, la Première et la Deuxième Voix, dont les monologues rythment la vie de Llareggub.

Les voix de Bernard Ferreira et de Caroline Mounier sont les narrateurs de cette mise en théâtre de la pièce de Thomas. Bernard Ferreira ouvre le bal : posée, chaude, sa voix conjure le petit village gallois, dont les habitants rêvent encore alors que l’aube se lève. Les 9 comédiens qui interprètent plus de 70 personnages s’éveillent alors, et le poème se déploie peu à peu, entre agitation affairée d’une petite fourmilière qui est, pour les personnages de Thomas, le début et la fin du monde tels qu’ils le connaissent, et des moment plus intimes, parfois poignants, où se révèlent les pensées les plus personnelles, les moins avouables.

Il peut être difficile d’accepter de laisser à la porte de la salle tout théâtre narratif, avec un début, un déroulement, un fin. Point d’histoire dans cette production : une fois que le spectateur a renoncé à s’accrocher à d’inexistants fils narratifs, il se laisse happer avec délectation par la magie d’un verbe magiquement délivré par les comédiens. Sur une estrade en bois, cette matière chaude et vivante qui fait écho au titre de la pièce, dont les éléments mobiles laissent apercevoir l’éclat vivace de l’herbe verte qui entoure le village, la poésie s’empare des comédiens vêtus de noir, le visage fardé de blanc comme des pierrots : les héros ne sont pas ici les individualités de chaque personnage, mais bien l’ensemble choral que forment ces moins que rien, ces individus qui n’ont rien de particulier que d’être humains. Le concept de troupe théâtrale sert ici le propos de Dylan Thomas avec noblesse : loin de tout héros, de toute glorification de l’individu, c’est la quiétude et la douceur de vivre d’une petite communauté qui sont célébrées par le poète.

 

Crédit photos : © Frédéric Iovino

 

Au Bois Lacté – extraits – 2011

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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