Théâtre
Chouf Ouchouf fait escale à Chaillot

Chouf Ouchouf fait escale à Chaillot

19 mai 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Chouf Ouchouf est le titre d’une chanson, « regarde, regarde encore » en arabe.  C’est aussi le titre d’un spectacle, qui, depuis sa création en 2009 à Tanger est  en tournée mondiale . Née de la rencontre entre deux metteurs en scène suisses Zimmermann et De Perrot et un groupe d’acrobates marocains , la pièce nous offre un voyage en VO non sous-titrée dans les ruelles  de la médina de Tanger.

Pendant l’entrée du public, un groupe essentiellement masculin joue au foot avec des bouteilles d’eau, alors qu’un homme sans cesse tourne et tourne encore dans un footing assoiffé. Très vite la musique, tonitruante , jaillit. Ils arrivent , tapent des mains et transforment rapidement Chaillot en night-club.  Se mettent alors en place des pyramides humaines. Cet art ancestral , au départ guerrier se transmet de générations en générations. Récemment, il est passé dans le champ de l’acrobatie et du cirque mais restait cantonné jusque-là dans celui du divertissement, ces numéros étant montrés dans des boites de  nuit, des mariages ou des animations dans les hôtels touristiques.

Avec Chouf Ouchouf, Zimmermann et De Perrot ont cherché à mettre en scène le vieux quartier de la ville  symbolisé ici par un mur mouvant se décomposant en hautes tours. Le plus beau moment du spectacle et sans aucun doute le plus pertinent est celui où les acrobates disparaissent dans les méandres des rues. Le ballet est alors époustouflant de prouesses. Les pyramides se font et se défont à une vitesse impalpable. Politique, Chouf Ouchouf l’est aussi. L ‘exil vers un ailleurs européen  est merveilleusement illustré par des sauts dans de grandes toiles en sacs plastiques à carreaux, symboles d’exodes.  Passe aussi l’image figée d’une femme voilée dans un emblème de  violence à l’état pur.

Les saynètes nous racontent  le quartier. Nous regardons, spectateurs voyeurs, défiler devant nous le souk bruyant, où les enfants et les animaux hurlent.  Si ces artistes sont talentueux, le spectacle lasse par la répétition des mouvements et la volonté qu’ont eu les metteurs en scène de ne pas traduire les chansons pourtant nombreuses. Dans un entretien donné au Festival d’Avignon, De Perrot justifiait ce choix par un argument peu convaincant  » le contenu nous apparaissant un peu secondaire, même si nous leur avons bien sûr demandé ce qu’elles racontaient . Mais nous n’avons pas voulu les traduire pour qu’elles gardent un certain mystère pour les spectateurs , comme ce fut le cas pour nous« 

Sans avoir accès aux textes, Chouf Ouchouf, malgré des tableaux superbes,  reste malheureusement en surface offrant peu de surprises une fois la scène  installée.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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