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Live Report Jazz à Saint-Germain : Alexandre Saada et Ambrose Akinmusire à la Maison des Cultures (17/05/11)

Live Report Jazz à Saint-Germain : Alexandre Saada et Ambrose Akinmusire à la Maison des Cultures (17/05/11)

19 mai 2011 | PAR Neil Saidi

Mardi 17 mai, après le concert grandiose du maestro Di Battista la veille, c’est un concert en deux parties qui a eu lieu dans l’enceinte de la Maison des Cultures boulevard Raspail.

 

En première partie, le pianiste Alexandre Saada nous a présenté des compositions de son quatrième et dernier album intitulé Présent. Des compositions toutes très lyriques, très lentes, apaisantes. Le jeune musicien a également souhaité partager avec le public une pièce de Claude Debussy, grande source d’inspiration pour l’artiste. Il nous a ensuite interprété un standard du jazz, « Solitude » de Duke Ellignton, choix motivé par la lecture récente du chef d’oeuvre de Gabriel Garcia Marquez « Cent ans de solitude ».

Après un entracte d’une dizaine de minutes, le concert reprend son cours. Les cinq musiciens du Ambrose Akinmusire Quintet prennent place. Tous très classe pour l’occasion. Costume cravate pour les soufflants, chemise cravate pour les autres, il faut tout de même qu’ils soient libres de leurs gestes.

 

Les musiciens se préparent, inspirent, expirent, le batteur s’étire le cou, relâche ses épaules, le pianiste cherche une position confortable. Le public attend. Un silence à vous faire sursauter. La première note est lancée par la trompette, claire et limpide. Ambrose introduit donc ce premier morceau en solo, puis est rejoint par le piano. Quelques secondes plus tard la contrebasse et la batterie font leur entrée, le volume sonore augmente progressivement jusqu’à l’entrée du sax ténor de Walter Smith III et l’exposition du thème. C’est lui qui enchaînera sur le premier solo du morceau, un solo très lyrique, spirituel, pas d’excès de notes qui viendraient altérer l’information. Son solo est porté par le jeu puissant de la rythmique et ponctué par les interventions de la trompette. Le batteur fait preuve d’une créativité peu ordinaire, il cherche constamment, il agrémente les motifs rythmiques de manières très variées au cours d’un même morceau. Un vrai plaisir pour l’auditeur. On peut s’amuser à se concentrer uniquement sur lui et apprécier la poésie de son jeu. Le contrebassiste ne le quitte pas des yeux, les deux musiciens sont en plein dialogue, on les aperçoit sourire parfois, acquiescer d’une manière satisfaite d’autres fois. Pendant ce temps le saxophone de Walter Smith III continue de chanter, d’ hurler même, on arrive à la fin de son solo, son jeu est plus véloce, moins calme. On se croirait en pleine mer au milieu d’une tempête. Soudain les nuages s’éclipsent, le tonnerre perd sa voix, les vagues disparaissent. Le calme après la tempête, c’est exactement ça. C’est alors Ambrose qui prend la parole. Dès les premières notes on remarque la nitescence exceptionnelle du son qu’il produit. Il développe son solo autour de motifs simples qu’il répète chromatiquement. Il aime beaucoup les grands intervalles, pas besoin d’emprunter des chemins sinueux pour atteindre les sommets, non, Ambrose lui, prend ses appuis, puis lève le bras et caresse le ciel.

 

Les cinq musiciens enchaînent et jouent deux pièces supplémentaires sans marquer de pauses entre elles. A la fin du troisième morceau Ambrose s’empare du micro. Les pièces que nous avons entendues s’intitulent dans l’ordre « Confessions To My Unborn Daughter », « Jaya » et « Regret No More ». Après cette courte intervention, le quintet nous interprète une composition du contrebassiste Harish Ravaghan. On retiendra la beauté du solo de piano de Sam Harris, les échanges fulgurants entre la trompette d’Ambrose Akinmusire et le saxophone de Walter Smith III, ainsi que le très lyrique solo de contrebasse. Cette pièce paraît éterniser la fin, elle la fait durer, la fige, comme si elle était exempte de toute nécessité. Mouvement inerte ou inertie en action, la musique bouge et ne bouge pas, un peu comme une barque amarrée que le courant fait indéfiniment rouler. Ambrose annonce ensuite l’ultime pièce de la soirée, intitulée « With Love ». Le batteur devait l’attendre avec impatience. Le public a eu droit a un solo exceptionnel d’au moins cinq – vraies – minutes, du batteur Justin Brown. Quelle énergie ! Quelle inventivité ! Pas facile de tenir en haleine toute une salle avec deux baguettes et une batterie, c’est pourtant ce qu’a réussi Justin Brown ce soir là. Les musiciens ont donc quitté la scène après ce morceau. Bien évidemment, les applaudissements n’ont pas cessé, on en veut encore ! Ambrose revient seul. Il prend place au milieu de la scène, les applaudissements cessent. Il nous interprète une pièce en solo, aux saveurs d’orient. Une approche originale, très différente de celle du trompettiste Ibrahim Maalouf par exemple. Leurs sons sont différents, et surtout, la trompette d’Ambrose n’a pas ce quatrième piston qui sert à Ibrahim pour les quarts de tons. Ambrose réalise donc beaucoup d’inflexions avec l’embouchure, également des effets avec la voix. Après ce morceau, qu’on croyait être le dernier, les quatre autre musiciens se sont joint au trompettiste pour nous interpréter cette fois le dernier morceau de la soirée, dont le titre nous aura échappé.

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Neil Saidi

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