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Avignon OFF : Parpaing : une quête de soi intime et essentielle

Avignon OFF : Parpaing : une quête de soi intime et essentielle

18 juillet 2021 | PAR Thomas Cepitelli

Accueilli à la Manufacture, Parpaing est un spectacle qui interroge le poids des secrets de famille et comment l’on s’en libère. Émouvant. 

Du poids infini des secrets 

Nicolas Petisoff parle de lui. Il nous raconte son histoire : un enfant qui apprend, à l’âge de dix ans, qu’il a été adopté. Il ne s’en ouvrira pas à ses parents pendant longtemps. Tout comme il taira ses propres secrets. Jusqu’au moment où « ça » explose, « ça » déborde. Il dit tout : la violence qu’il subit, ses errements, l’homophobie, la haine de soi mais aussi sa découverte du théâtre, ses amis, la rencontre amoureuse. Des rires et des larmes, des petites victoires et des grandes déceptions. Rien que de très banal en somme, la vie de chacun. Certes. Mais une des réussites de Parpaing tient dans le fait que le spectacle dépasse la question rebattue de savoir si l’intime ne serait pas, au fond, l’universel. Il nous invite à écouter son histoire. Et c’est tout de même l’une des missions du théâtre. Prendre le temps, dans un espace donné, de s’asseoir face à quelqu’un qui nous raconte une histoire. Peu importe si elle est sienne ou non, plausible ou non. C’est à nous de décider si elle résonne en nous. Et, il faut l’espérer, il ne suffit pas d’avoir été un enfant adopté pour être intéressé par le spectacle. 

Entre intime et documentaire

Nicolas Petisoff étaye son spectacle de documents : films de famille, retranscriptions de mails, écoute de conversation téléphonique, extrait de naissance. On pense beaucoup à Finir en beauté de Mohamed El Khatib mais de l’autre côté du spectre. Il n’est pas question ici de décès mais de naissance sous X. Pas d’effets de réel non plus mais bel et bien du réel qui prend place au plateau. S’écrit alors un continuum entre le plateau et la salle, entre l’acteur et les spectateurs. Ce qui nous est raconté, est arrivé. Il y a des preuves, pas de fiction. Mais que l’on ne s’y trompe pas : nous sommes au théâtre. Nicolas Petisoff joue, au sens fort du terme : son père, sa mère, lui jeune homme. Planté sur un plateau, un parpaing aux dimensions étendues, il décline les grandes scènes de sa recherche. Excellent comédien, il bouleverse tant de ses cris de colère que dans ses moments de fragilité, accompagné de Guillaume Bertrand à la musique. 

On ressort de Parpaing ne sachant pas vraiment si l’on peut se construire sur des secrets mais certain qu’ils parviennent, parfois, à fabriquer de beaux moment de théâtre qui nous construisent. 

Parpaing de et par Nicolas Petisoff 

Jusqu’au 25 juillet, tous les jours (sauf le lundi) à La Manufacture à 13 h 55

Crédit photo © Denis Malard 

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