Théâtre
Avignon OFF : L’Araignée, Emmanuelle Lafon prise dans la toile de la folie administrative

Avignon OFF : L’Araignée, Emmanuelle Lafon prise dans la toile de la folie administrative

15 juillet 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’immense Emmanuelle Lafon est à Avignon, dans le Off d’Avignon. C’est fou. Elle est dirigée par Charlotte Lagrange dans L’Araignée, un texte découvert au Théâtre Ouvert cette année. À voir d’urgence à 10 h 20 au 11.

Emmanuelle Lafon a plutôt l’habitude des grands plateaux, que ce soit avec l’Encyclopédie de la parole ou Emilie Rousset, elle est toujours reconnaissable par un calme dans la voix qui rend le moindre de ses mots essentiel. Comment dire que c’était elle et uniquement elle que Charlotte Lagrange devait choisir pour monter son texte parfait, à l’écriture comme un témoignage, vif et sincère, empreint d’un rythme qui autorise le rire dans le pire.

Alors voilà, elle est « éduc’ spé » comme on dit, et à ce jeu, les diminutifs de noms de postes et les acronymes sont légions. C’est simple, elle parle en sigles : SFF, ASE, et surtout MIE pour mineurs, isolés, étrangers.

Elle nous reçoit dans son bureau, sur sa chaise pivotante, affairée à détruire les papiers par dizaines à la broyeuse. Et dans son bureau ça commence à goutter, il y a une faille, et pas que dans le plafond. 

Le jeu sur le fil d’Emmanuelle offre au texte toute sa folie. Elle doit s’occuper de 250 mineurs, seule. Il y a de quoi craquer, elle craque. Son seul repère devient Renée, son araignée, elle aussi abandonnée, elle aussi rescapée. 

Où s’arrête le travail quand il est question de l’avenir des gamins ? Est-ce que les appeler par leurs initiales les rend plus robotiques ? Plus anonymes ? Elle ne veut pas, elle veut du lien, elle va trop loin. « Tu t’impliques un peu trop », lui dit D, son mari. 

La scénographie se pare de néons bien blancs pour avancer dans la toile qui se tisse et l’emprisonne, elle, l’éduc’ qui voulait bien faire, jusqu’à la lâcher, la laisser tomber, comme morte. Mais les araignées, le saviez-vous, peuvent feindre la mort face à l’ennemi. L’humanité pourra-t-elle l’emporter sur l’administration ? Allez-y, vous saurez !

Au 11, 11 boulevard Raspail, jusqu’au 29 juillet, relâches les 19 et 26.

Visuel : © Charlotte Lagrange

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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