Danse
Cinédanse : Cunningham à Bruxelles

Cinédanse : Cunningham à Bruxelles

15 juillet 2021 | PAR Nicolas Villodre

La reprise, cet été, à Berlin et à Amsterdam, de Story, une pièce de 1963 de Merce Cunningham, et l’inclusion du chorégraphe dans la rétrospective American Art 1961-2001 qui se tient au Palazzo Strozzi de Florence jusqu’au 29 août, nous renvoient à l’un des premiers films sur son travail, réalisé lors de sa tournée européenne de 1960, Suite for Two, Music Walk with Dancers.

Cage-Cunningham

Du couple artistique formé par John Cage et Merce Cunningham, la personnalité la plus médiatique fut sans doute celle du compositeur. Cage, par ses audaces tranquillement assumées, son sourire contagieux, son dandysme également, était, comme on dit, un « bon client » pour les programmes radiophoniques, les émissions de télévision et les documentaires. Dans la compagnie Cunningham, fondée en 1953, il a été le directeur musical et son aiguillon théorique mais aussi, modestement, le chauffeur du minibus transportant la petite troupe des débuts, l’agent artistique, le responsable des relations publiques, un des acteurs à part entière sur scène, lui et le pianiste David Tudor n’étant pas en fosse mais cohabitant avec les danseurs.

Influencé par Satie pour la musique, par Duchamp pour ce qui est du « non rétinien » et de la place faite au hasard, par Joyce pour la pratique poétique du collage, par Teitaro Suzuki pour le détachement zen, Cage a fait profiter la danse de sa notoriété, jusqu’à s’effacer ou, tout au moins, la laisser prendre son autonomie par rapport à la musique avec laquelle elle a naturellement partagé la durée et souvent, comme ici, le titre. Cunningham aura été pour la modern dance ce que Balanchine a été pour le ballet romantique, poussant sa discipline jusqu’à ses limites – jusqu’à l’abstraction. Les archives filmiques des débuts de la compagnie, magnifiquement exploitées dans le film récent Cunningham (2019) d’Alla Kovgan, montrent ce style chorégraphique en train de prendre forme.

Brown-Cunningham

Nous avions retrouvé le film Suite for TwoMusic Walk with Dancers (1960) dans les années 1990 grâce à une liste d’archives de la RTBF, tapuscrite et annotée, communiquée par Jacques de Dixmude. Par notre intermédiaire, Bénédicte Pesle, représentante en Europe de la compagnie Merce Cunningham – à qui celui-ci doit aussi son succès de ce côté-ci de l’Atlantique – put en avoir une copie. Il s’agit d’une captation en studio de deux courtes pièces basées sur des compositions de Cage, créées peu de temps avant à Venise – où la pièce Music Walk, plus que la danse elle-même avait fait scandale. Le film fut produit pour la télévision belge par Universal Vidéo, une petite structure belge n’ayant aucun rapport avec la major hollywoodienne créée par Carl Laemmle ! Le document fut réalisé par Claude Misonne et son mari Joao Michels – un Belgo-Allemand né au Brésil – qui étaient spécialisés dans le cinéma d’animation.

La compagnie de danse est ici réduite au duo Merce Cunningham/Carolyn Brown. Les musiciens interviennent parmi eux. Tandis que les pas de danse s’enchaînent suivant leur propre logique, mélangeant gestes quotidiens et difficultés techniques, moquant quelque peu le ballet classique, Cage et Tudor produisent la bande sonore par divers moyens qui n’ont rien de traditionnel : piano préparé, zappings d’émissions radiophoniques diffusés à l’aide d’un transistor fixé à une cimaise du studio, divers bruits amplifiés, etc. Danse et musique suivent des mots-clés écrits sur quelques feuillets, autant de tâches à accomplir pour le quatuor. Interrogé vingt ans plus tard à propos de Music Walk, Merce Cunningham n’en avait pas gardé de trace écrite, simplement de vagues souvenirs d’actions à accomplir. Le film en donne une idée plus précise.

Visuel : Bénédicte Pesle, Merce Cunningham, John Cage (de dos) en 1986. Source : Denise Luccioni.

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Nicolas Villodre

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