Théâtre

« Mont Vérité » : il était une fois Pascal Rambert qui empêchait une pièce

« Mont Vérité » : il était une fois Pascal Rambert qui empêchait une pièce

01 juin 2019 | PAR Philippine Renon

C’est l’histoire laborieuse d’un spectacle abscons. Pendant trois heures (au lieu de deux et demie annoncées) Pascal Rambert délivre une leçon de théâtre, sur l’effondrement d’un méli-mélo d’idéaux. Mont Vérité est une pièce, sans fin et sans fond, portée tant bien que mal, par le Groupe 44 de l’École du Théâtre national de Strasbourg, qui a le mérite de poser une question : qu’a donc voulu nous dire le metteur en scène?

Où suis-je, d’où viens-je, où vais-je, que sont ces bruits au loin?  Sans grande surprise, les réponses sont volontairement confuses. Pendant deux longues heures, les douze jeunes talents avancent et reculent lentement, tant dans l’espace que dans le texte, se balançant comme ils peuvent de bien lourdes répliques. À l’occasion de silences, ils plient leurs pensées et leurs corps, dans une chorégraphie de Rachid Ouramdane au milieu des roseaux (Jean de La Fontaine est ainsi de la fête…) plantés sur le plateau.

Cette première partie est interminable. Toujours dans le même registre, celui de la lenteur, les comédiens n’ont pas la place de montrer ce qu’ils ont dans le ventre. Ce que l’on peut en voir n’est pas représentatif, on l’espère, de leurs trois ans de formation au TNS. Le peu d’espace laissé pour exprimer leur brio est un monologue convenu.

Infantilisant

Chacun s’avance tour à tour, dans un costume désormais platement contemporain, pour raconter un traumatisme, toujours plus ou moins le même. Celui d’un ado empêché par la remarque d’un adulte, qu’il va tenter de transcender pour enfin accéder au fameux Mont Vérité

Les comédiens apparaissent non pas comme des personnages, mais plutôt des objets mouvants dans une pièce qu’ils peinent à s’approprier. Conséquence directe de toute une série de facilités. À force de vouloir éclater un texte et un espace, le propos en pâtit : on n’y comprend plus rien ! Mais c’est décomplexé. Dans la dernière partie, on fait valser le décor pour montrer une séance de travail à la table. Ce qui a le bénéfice de nous sortir d’une mise en abîme facile, mais qui peut aussi laisser dubitatif et même avec l’impression d’être floué. 

Repartir bredouille

En conclusion on retient que cette sensation est au fondement même de la création. « Ils en prendront ce qu’ils veulent » nous lâchent, en gros, les élèves attablés et bourrés. Eh oui ! Parce qu’ils sont jeunes ils boivent, et ne tiennent pas l’alcool. Le calme du début est contrebalancé en bout de course par une excitation qui sombre dans le grotesque.

De ce cadre enchanteur du Bassin du Domaine d’O, Pascal Rambert n’aura su exploiter que les murs de pierre, sur lesquels se projettent les ombres de la horde drapée. Le final désespère, tournant autour du pot pour on ne sait quelle raison. Décidément Mont Vérité, en plus d’impliquer la patience, appelle à faire preuve de sagesse et d’accepter qu’on ne sait rien après trois heures de spectacle.

 

Visuels : © Jean-Louis Fernandez

 
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