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Sanctuary, Brett Bailey du côté des réfugiés [Festival de Marseille]

Sanctuary, Brett Bailey du côté des réfugiés [Festival de Marseille]

18 juin 2017 | PAR Christophe Candoni

Au Festival de Marseille, le metteur en scène et plasticien Brett Bailey pose sa nouvelle installation-performance, Sanctuary, dédiée aux migrants sans abri ni secours.

Dans les dédales opaques et hostiles d’un labyrinthe grillagé et barbelé, le spectateur déambule lentement, silencieusement. Au départ de son parcours, une simple pelote de laine se présente à ses pieds sur une moquette grise, elle évoque le fil d’Ariane dans l’antique palais Crétois qui renferma le Minotaure ; à l’autre bout, une Pénélope septuagénaire tricote ce même fil rouge vif et sang. Elle est assise dans son salon défraîchi, affairée à la couture tandis que Marine Le Pen occupe l’écran de sa télévision. Comme en immersion, le visiteur est mis face à des situations volontairement bousculantes, mises en scène comme des tableaux vivants. D’un lieu à l’autre, sont exposés des migrants qui montrent, en une image accompagnée d’une notice explicative relevant d’un témoignage lapidaire, les conditions de vie inhumaines des réfugiés aujourd’hui et le paroxysme de douleur impuissante qui s’en dégage.

Ces hommes et ces femmes ne sont pas que les figures dont sont repus les couvertures des journaux ou les images télévisuelles auxquelles on ne prête plus nécessairement attention. Ils sont des êtres humains, de chair et de sang, des corps, des visages, des regards, pleins de commisération, aux expressions atones et pourtant fortement éloquentes. Ils n’ont pas directement la parole. Ils se taisent mais ils toisent. « Je te vois qui ne me vois pas » peut-on lire sur une affichette en carton arborée par certains d’entre eux. La rencontre est fortuite mais ne laisse pas la place à la banalisation des personnes et des histoires représentées. Face à face, yeux dans les yeux, Impossible cette fois de faire montre d’indifférence.

Des comédiens-citoyens multiethniques interprètent les exilés qui ont fui leur pays, ont traversé les mers, pour regagner l’Europe, berceau de la démocratie et des droits de l’homme et y ont finalement trouvé le rejet et l’inefficacité politique. Brett Bailey s’en indigne et sa pièce témoigne de cette affliction empreinte d’une empathie juste.

Le dispositif est similaire à celui d’Exhibit B, une autre proposition choc de Brett Bailey, présentée dernièrement dans toute l’Europe. Cette œuvre bouleversante a suscité la polémique, jusqu’à être accusée de racisme alors même qu’elle le dénonçait sans détour. Brett Bailey a toujours mis au cœur de son travail les thématiques de l’esclavagisme, de la colonisation, de l’Afrique où il est né dans les années 60 et ses relations avec l’Occident, de la xénophobie rampante plus ou moins assumée. Sanctuary fait une nouvelle fois preuve de l’engagement de l’artiste en faveur des exclus, des esclaves d’hier et d’aujourd’hui. Son geste et son regard sont beaux, profonds, secouants, évidents.

A la Friche la Belle de Mai dans le cadre du Festival de Marseille (15 juin – 09 juillet 2017).

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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