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Exhibit B de Brett Bailey expose les victimes de la colonisation au festival d’Avignon

Exhibit B de Brett Bailey expose les victimes de la colonisation au festival d’Avignon

16 juillet 2013 | PAR Christophe Candoni

Tandis que l’Afrique est mise à l’honneur au Festival d’Avignon par la présence de Dieudonné Niangouna comme artiste associé cette édition, le sud-africain Brett Bailey, qui est né à la fin des années 1960 et a connu l’Apartheid, présente à l’église des Célestins et pour la première fois en France, une installation choc qui interroge l’histoire et l’héritage coupables de notre vieille Europe colonisatrice.

A la manière des expositions universelles du XIXe siècle et du début du siècle dernier, l’auteur, metteur en scène et scénographe Brett Bailey, reconstitue une sorte de « zoo humain » dans lequel le visiteur occidental est confronté à la présence et surtout au regard saisissant d’hommes et de femmes de peau noire. Originaires d’Afrique, ils sont exhibés comme de fascinantes curiosités. On pourrait d’abord ne pas immédiatement saisir le caractère vivant des modèles objectivés dans des cadres de représentation avilissants de types vitrines, cage ou espace délimités par des grillages ou barbelés, et surtout présentés comme ils le sont à côté d’une profusion de têtes d’antilopes et autres animaux empaillés, d’accessoires d’anthropologie et de trophées collectés par les musées d’histoire naturelle européens qui ont participé à catalyser les stéréotypes culturels et raciaux constituants la vision réductrice de l’homme blanc dominant face à l’étranger, l’autochtone, l’indigène, le sauvage. Ce sont pourtant bien des êtres de chair condamnés à une exposition crue, immobile et silencieuse, étiquetés d’un numéro et accompagnés d’une petite fiche biographique expéditive qui sont exposés au yeux des visiteurs.

L’expérience à la fois troublante et bouleversante qu’est Exhibit B n’a d’autre vocation que celle de dénoncer et lutter contre le racisme, contre l’occultation et l’oubli d’un passé peu glorieux mais aussi et plus encore de mettre l’accent sur la contemporanéité de son propos. Ainsi, le parcours nous met face à la légendaire Vénus noire, mythe de l’oppression et de la ségrégation raciale. Il met aussi en scène des êtres d’aujourd’hui : un jeune homme noir en jean et baskets, réfugié migrant du Congo, une femme, demandeur d’asile, un autre, somalien, pieds et mains liés sur une banquette d’avion.

En pointant ce type d’apories sociopolitiques qui font perdurer des formes d’esclavagisme moderne liées à la peur de l’autre et au repli sur soi des puissances économiques occidentales, Exhibit B provoque une vive émotion proche du malaise. Cette circulation dans le temps nous apprend par exemple, au détour du destin d’une femme assise sur un tapis de verre pilé, que les fondements idéologiques nazis se sont expérimentés dans des camps de concentration en Afrique du Sud comme un certain « cabinet de curiosités » du docteur Fischer. La mise en scène percutante est aussi d’une grande justesse. La douceur bouleversante d’une aria d’opéra et d’un chœur de chanteurs représentants les Namas décapités confèrent à la visite, forcément dérangeante et douloureuse, une grande et forte beauté.

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Exhibit B © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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