Danse
En ouverture du Festival de Marseille, « Rito de Primavera », une fête partagée

En ouverture du Festival de Marseille, « Rito de Primavera », une fête partagée

18 juin 2017 | PAR Christophe Candoni

Complètement revisité par Jose Vidal, Le Sacre du printemps suit les effluves physiques de jeunes corps fiévreux dans la friche la Belle de Mai transformée en boîte de nuit pour ouvrir le Festival de Marseille.

Une chaude moiteur, des éclairages tamisés, des émanations de fumée et des couleurs pop, c’est dans l’atmosphère envoûtante et enivrante d’une fête géante que le jeune chorégraphe chilien s’empare d’une pièce aussi mythique que Le Sacre du Printemps. De l’œuvre de Stravinsky qui a vu fleurir des versions aussi légendaires que celles de Pina Bausch ou de Maurice Béjart, Jose Vidal réinvente tout. Il s’affranchit aussi bien de la narration – ne figure ni vierge élue ni sacrifice – que de la partition dont il ne reste que quelques évocations mélodiques et pulsatives. Le Sacre est ici un matériau profondément malléable et remanié par le DJ Jim Hast et Andres Abarzua.

Dans ce nouveau Sacre, l’aspect rituel est néanmoins conservé puisque, en préambule, un long cérémonial accueille le public et retarde inutilement le ballet. Lorsque les quarante danseurs ont enfin pris possession de la piste encerclée par les spectateurs, il se dégage une belle énergie euphorique. La pièce met l’accent sur le collectif et se présente comme une célébration éclatante de la jeunesse et de la vie régénérées par la danse.

Le groupe compte autant d’interprètes chiliens que de marseillais, tous jetés à corps perdus dans un élan érotique, organique. La chorégraphie n’est pas d’une extrême sophistication mais elle se révèle d’une intense vitalité. Les corps se touchent et se mélangent. Les liens se font et se défont. Des couples s’unissent furtivement. Toutes les identités sexuelles sont représentées. Cette physicalité exultante et désinhibée fait le plaisir communicatif de la pièce. Elle exprime librement le désir et l’affirmation de soi avec jubilation mais non sans une certaine brutalité.

La fête est à son comble lorsque les spectateurs complètement inscrits dans le dispositif sont incités à rejoindre les performeurs. Tous en communion partagent une envie folle d’être ensemble, d’abandon et de renouveau.

A la Friche la Belle de Mai dans le cadre du Festival de Marseille (15 juin – 09 juillet 2017).

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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