Danse
« Résister » de Tarek Aït Meddour, danser contre l’ordre

« Résister » de Tarek Aït Meddour, danser contre l’ordre

10 janvier 2021 | PAR Lise Ripoche

La compagnie Colégram réinterprète l’œuvre contrastée de Tarek Aït Meddour, Résister sur la scène du Théâtre des Champs Elysées. 

Lorsque le rideau de fer se lève sur la scène on ne peut s’empêcher d’avoir un petit frisson de bonheur. Il faut dire qu’en cette période, ça paraît inimaginable d’être là, au creux des fauteuils de la salle du Théâtre des Champs Elysées. Quelques instants auparavant, les techniciens se mettaient en place, testaient une dernière fois le rendu des lumières sur la scène en esquissant quelques pas de danse assez émouvants. On a aussi vu descendre doucement les robes blanches emblématiques du spectacle et se déposer à intervalle réguliers, comme prêtes à accueillir les corps des danseurs. Tout est prêt pour le début de la captation vidéo qui sera diffusée à partir du 8 janvier dans le cadre du Festival numérique danse et musique de la Caisse des Dépôts. En attendant, seuls quelques professionnels du monde de la culture ont pu être invités à y assister. 

C’est beau cette grande paroi d’or qui lentement dévoile des corps allongés, immobiles. Tout commence comme un matin. Répétée, insistante, la musique de Jasser Haj Youssef mime une sonnerie. Brusquement, les danseurs se dressent ou déboulent sur la scène. C’est le début de quelque chose. Tout au long de la pièce, il s’agira de se débattre en faisant danser l’ordre des choses. Dans cette composition, géométrie ou régularité sont les formes d’un discipline qui cherche à s’imposer aux corps. Résister serait alors cela ; lutter contre la contrainte malgré la séduction de l’ordre et parvenir à échapper par saccades à cette sorte d’oubli de soi disciplinaire auquel peuvent parfois succomber les corps. Les corps dansants sont les théâtres de conflits. Conflit entre la posture et le geste: de longs tableaux presque immobiles, aux mouvement à peine perceptibles brisés par des spasmes. Conflit entre l’expression personnelle et l’harmonie de groupe: un conglomérat de corps, entité organique dont se distingue brusquement un individu. Conflit d’influence sur des corps-territoires qu’il s’agit de conquérir par la discipline ou d’abandonner un instant et se laisser habiter par le souvenir d’autres postures pour devenir tour à tour un corps priant, un corps escrimant, un corps offrant, un corps souffrant. Tarek Aït Maddour parvient donc à montrer ce qui s’impose et ce contre quoi il est possible de se dresser, les manières dont on est contraint et les manières de s’en libérer. 

Le spectacle est à l’image de la formation plurielle de son chorégraphe. Tarek Aït Meddour a suivi un parcours d’enseignements exigeants, qui lui ont permis de formuler une chorégraphie hybride, marquée de diverses inspirations. Des arts martiaux, en passant par l’Académie internationale de Danse de Paris, Tarek Aït Meddour prend son envol sur les scènes de l’Opéra de Paris, du Théâtre du Châtelet et du Royal Opera de Londres, avant d’intégrer le CCN de Nantes. Sur la création de l’opéra baroque «Alcione», en 2017, il partageait le travail de Raphaëlle Boitel à travers le théâtre physique mêlé aux arts du cirque. En 2016, il créé la compagnie Colégram, pensée comme un outils de création mais aussi comme un espace de partage et de médiation auprès de publics divers. La compagnie Colégram a porté à la scène les créations du chorégraphe « Tawam » et « Le Bal ». Avec Résister, Tarek Aït Meddour témoigne d’une sensibilité ouverte à cette pluralité d’influences. 

Si la création Résister avait déjà connu un certain succès public, notamment grâce à la vidéo en slow-motion En dansant sur la terrasse réalisée par Philippe Monpontet, la recréation du spectacle avec 7 danseurs de la compagnie Colégram (Cindy Emelie, Rachel Lebègue, Pauliné Journé, Aurore Mettray, Els Smekens, Adrien Mornet et Adrien Ouaki) restaure en version longue toute la grâce de cette danse des résistances. Tarek Aït Meddour fait partie de ces chorégraphes contemporains que l’on a envie de suivre longtemps, et dont le travail, nourri d’influences autant classiques que populaires, promet de ne cesser de se réinventer. 

La captation de la représentation au Théâtre des Champs Elysées est à voir ici

 

 

 

 

crédit visuel: ©PhilMyself pour la cie Colégram

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Lise Ripoche

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