Classique
L’Intercontemporain tout feu tout flammes au Théâtre du Châtelet

L’Intercontemporain tout feu tout flammes au Théâtre du Châtelet

23 décembre 2020 | PAR Gilles Charlassier

Sans public en raison de la crise sanitaire, c’est au Théâtre du Châtelet que l’Ensemble Intercontemporain donne son dernier concert de l’année 2020, sous la direction de Matthias Pintscher, avec pas moins de trois créations.

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Le retour du public dans les salles a beau rester encore différé, en raison de la situation politico-sanitaire, le création musicale n’entend pas rester confinée. Sous la houlette de son directeur artistique, Matthias Pintscher, l’Ensemble Intercontemporain donne son dernier concert de l’année, au Théâtre du Châtelet, où la presse a pu assister à la captation, avant la diffusion sur la page facebook de l’ensemble.

Sous l’enseigne « Tout feu tout flamme », le programme fait la part belle à la virtuosité et au chatoiement instrumental. C’est celle de la grosse caisse, sous les baguettes funambules de Gilles Durot, que Mono-drum d’Agata Zubel, avec un titre jouant entre drum (caisse en anglais) et drame, ouvre le menu. En sept minutes, le solo déploie un kaléidoscope de jeux et d’accessoires, à la puissance aux confins du rituel. La pièce confère une nouvelle et fascinante noblesse théâtrale à un pupitre souvent relégué à la ponctuation, voire à la trivialité. Après cette mise en bouche dépassant l’anecdote, Entrelacs, pour ensemble de chambre, de Yan Maresz, séduit par son tamis sonore ondoyant et alerte où l’on retient en particulier les volutes de la flûte et de la clarinette. La lecture conduite par Matthias Pintscher met en évidence avec autant de lisibilité que de saveur la superposition des lignes d’où la pièce tire toute son énergie.

Deuxième création du programme, Oiseaux gazouillants et hibou qui se retourne de Mikel Urquiza décline une ornithologie poétique et ludique, sinon jubilatoire. Le travail sur les attaques et les jeux instrumentaux enrichissent la palette évocatrice bien au-delà des conventionnelles lutheries assignées aux oiselleries. Le stroboscope sonore, dans son éclatement de couleurs et de rythmes qui se nourrit d’influences variées, où des fragrances de Schoenberg peuvent voisiner avec Adams ou Britten, affirme une vitalité irrésistible, parfois digne de Tex Avery. Après cette démonstration d’un métier inventif et inspiré, la Sequenza VII pour hautbois de Berio offre à Didier Pateau une apparition finale au sein de l’Ensemble Intercontemporain, où l’on reconnaît une maîtrise accomplie de la théâtralité épurée de la pièce dans cette exploration des registres de l’instrument. Enfin, la première mondiale du Concerto pour clarinette et ensemble de Beat Furrer referme cette soirée sur un magistral déploiement de virtuosité soliste, et un non moins admirable témoignage de flamboiement orchestral. Martin Adamek s’engage dans cette singulière course cinétique où la clarinette semble tirer la réponse orchestrale, souvent syncopée, dans une inversion de la traditionnelle hiérarchie de la forme concertante. L’épilogue extatique peut surprendre l’auditeur après cette débauche d’effets et de combinaisons, mais confirme, dans cette balance formelle inattendue, l’originalité accomplie d’une pièce que l’on pourra dès à présent compter comme une des grandes pages du répertoire contemporain.

Gilles Charlassier

Ensemble Intercontemporain, concert du 21 décembre 2020, Théâtre du Châtelet, et sur la page facebook de l’ensemble.

©EIC

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