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L’Intercontemporain à l’heure écologique (2)

L’Intercontemporain à l’heure écologique (2)

20 mars 2021 | PAR Gilles Charlassier

Après le premier volet « De l’éther à la terre» le jeudi 18 mars, l’Ensemble Intercontemporain poursuit le lendemain sa captation de son diptyque écologique, avec trois œuvres d’Olga Neuwirth, Aureliano Cattaneo et Stefano Gervasoni, réunis sous le titre « La terre, ensemble ».

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Après un premier volet dominé par la tension de On the face of the deep de Chaya Czernowin et la tendresse de Terra II de Nina Senk, le second s’ouvre sur une page qui est le fruit de l’expérience du confinement imposé au printemps 2020 par la pandémie de covid.

S’inscrivant dans un cycle qu’Olga Neuwirth a opportunément intitulé CoronAtion, Naufraghi del mondo che hanno ancora un cuore – cinque isola della fatica (second numéro qui vient après Io son ferito ahimé, et avant celui qui est, pour le moment, la troisième et dernière pièce achevée, Spreading a dying spark, dished up, et est donné ici en première française) conjugue avec une maîtrise rare l’expression musicale et l’impact dramaturgique. Conçu pour cinq instrumentistes, l’ouvrage répond à un rituel très codifié. Dans la première partie, la flûte, la clarinette, le violon et l’alto se répondent des bribes d’écho aux quatre coins du plateau, au centre duquel se trouve le piano, avec une circulation de l’éclairage soliste au fil des pupitres, avant que ces quatre musiciens rejoignent en une sorte d’attaca quasi suspendue le centre de la scène pour former un avatar de consort klezmer animé qui ne verse jamais dans la platitude du pastiche. Ce n’est pas le moindre des tours de force d’Olga Neuwith d’avoir reconstitué avec un langage absolument original une atmosphère klezmer, dans cet opus aux dimensions presque miniatures, mais aux effets qui ne sont point. Et on peut compter sur l’Intercontemporain pour défendre la finesse de cette horlogerie fine et inspirée.

Autre page non moins remarquable d’invention, Deserti d’Aureliano Cattaneo se distingue par une gourmande virtuosité rythmique évidente dès l’incipit aux percussions. Dans ce paysage sonore alternent les séquences foisonnantes et les plages de raréfaction étale, semblable à une torpeur aride et désertique. Plus qu’une imitation suggestive, l’oeuvre est une immersion sensible qui n’oublie jamais l’articulation formelle. Le diptyque écologique et cosmogonique proposé par l’Ensemble Intercontemporain se referme sur Eufaunique de Stefano Gervasoni, qui puise son argument dans le sixième jour de la Genèse et le rapport de l’humanité avec les autres espèces animales. Le compositeur italien a repris cette page créée il y a quelques années et l’a prolongée avec une seconde partie, un Largo desolato, évoquant le moment où l’homme devient chasseur – dans une certaine résonnance avec les conséquences contemporaines de ce comportement de prédation. En s’appuyant sur une minutieuse écriture instrumentale, et une intégration habile des motifs évolutifs, Eufaunique élabore un kaléidoscope raffiné et sensible, portant le témoignage d’un métier et d’une inspiration accomplies, magnifiés par une lecture souple et attentive. Une belle conclusion pour ce voyage placé sous le signe de la terre.

Gilles Charlassier

Ensemble Intercontemporain, concert du 19 mars 2021, disponible à partir du 9 avril sur le site de la Philharmonie de Paris, live.philharmoniedeparis

©Olivier Allard

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