Classique
L’Intercontemporain à l’heure écologique (1)

L’Intercontemporain à l’heure écologique (1)

20 mars 2021 | PAR Gilles Charlassier

En cette veille de printemps, l’Ensemble Intercontemporain propose, sous la direction de Matthias Pintscher, deux programmes autour d’une thématique écologique, avec quelques éléments scénographiques lumineux. Le premier, capté le 18 mars à la Philharmonie, est porté par la saisissante pièce de Chaya Czernowin, On the face of the deep, et les couleurs soyeuses de Terra II de Nina Senk, en création française.

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La crise sanitaire tenant toujours le public à distance des salles, ne restent que les captations comme ersatz de musique vivante. Dans ce contexte contraint, les interprètes et les institutions essaient de trouver des alternatives pour aller au-delà de la simple diffusion de contenu. Ainsi, l’Ensemble Intercontemporain a-t-il choisi d’articuler les deux concerts de cette mi-mars placés sous une thématique écologique, voire cosmogonique, au sein d’une scénographie faite de néons colorés aux ressources symboliques, tandis que les trois pièces composant chacun des deux programmes se referment sur un habile et suggestif dais étoilé avant un fondu au noir quasi cinématographique. Cela étant, si le visuel complète l’expérience musicale depuis l’ordinateur dans le salon ou la chambre, c’est l’oreille qui reste le mieux sollicitée dans ce premier parcours intitulé « De l’éther à la terre », capté le 18 mars à la Philharmonie.

Le concert s’ouvre avec la remarquable page pour grand orchestre de Chaya Czernowin, On the face of the deep. On sait combien la compositrice israélienne aime explorer les marges de la lutherie aux confins du silence et du son brut. Si dans certains opus le discours peut parfois se diluer, la force de son esthétique n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle concentre son propos – à cet égard la comparaison entre ses deux derniers opéras, Infinite now et Heart chamber se révèle éloquente. Dans un langage où l’on reconnaît l’empreinte de la musicienne, On the face of the deep saisit par sa construction dramaturgique et formelle aussi intelligible que prenante. Cette admirable arche sonore, d’une tension sans relâche, transsubstantie un matériau presque austère, et invite à un voyage aux connotations métaphysiques.

Donné en création française, Terra II de Nina Senk contraste par une facture plus soyeuse – et qui oppose bien moins de résistances aux instrumentistes. La douceur des timbres se décline en divers éclairages sur des séquences solistes ou mettant en valeur des groupe de pupitres. On retiendra entre autres la sensualité de l’écriture confiée aux cordes, avec une mention pour la délicatesse des altos. Moins imposant, sinon intimidant que l’ouvrage de Czernowin, celui de Senk privilégie une délicatesse plutôt intime. Enfin, la commande passée à Lucas Fagin, Goodbye planet earth, assumant une inspiration entre hallucination et psychédélisme, joue avec la plasticité des textures dans un stroboscope qui ne cherche pas de réelle architecture, au risque de confondre parfois ce magma évolutif avec une certaine prolixité un peu vaine. Du moins, le divertissement ne fera pas défaut.

Gilles Charlassier

Ensemble Intercontemporain, concert du 18 mars 2021, diffusion à partir du 31 mars sur le site de la Philharmonie de Paris, live.philharmoniedeparis.

©Ciril Jazbek

 

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