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Princes et princesses à Marigny : une adaption réussie pour la scène

13 mars 2013 | PAR Géraldine Bretault

Fort de son succès l’an passé, Legrand Bemba-Debert revient au Théâtre Marigny avec son adaptation de l’œuvre Michel Ocelot, Princes et Princesses. Danseur, comédien, chorégraphe, metteur en scène, marionnettiste… cet artiste use de tous les tours de son sac pour donner vie aux personnages du film.

Quand le rideau se lève pour laisser apparaître ce qui ressemble à une toile de cinéma, et que le générique commence à défiler comme sur l’écran, un doute furtif nous inquiète : allons-nous assister à une simple projection augmentée du film ? Heureusement, dès que les comédiens (8 au total) entrent sur scène, le doute se dissipe. L’écran-toile recule et nous découvrons alors toute l’ingéniosité de la mise en scène, en surprenant la conversation de deux geishas au-dessus d’une tasse de thé, en ombres chinoises.

La petite vieille à la voix stridente est l’héroïne du premier conte, La vieille dame et le voleur. A la manière de Shéhérazade dans les Contes des Mille et une nuits, Demba-Debart a eu la bonne idée d’en faire un récit-cadre, et cette longue nuit que la vieille passera sur le dos du voleur de son manteau sera l’occasion d’un double voyage, à la fois dans les paysages du Japon au clair de lune, et à travers le récit de la vieille en Egypte, avec le Garçon des figues, en Perse, avec le Prince des Joyaux et en Afrique, avec L’Africaine qui danse.

Depuis le succès des aventures de Kirikou, on sait ce que Michel Ocelot doit aux griots de son enfance passée en Guinée. On retrouve ici la magie de sa poésie universelle qui, en nous faisant voyager d’un continent à l’autre, nous rappelle les fondamentaux  humains : la jalousie, la convoitise, la galanterie se portent bien sous toutes les latitudes, pour le plaisir des enfants dans la salle, qui partagent tout haut peurs et gourmandise – la mastication sonore de la reine, chaque fois qu’elle déguste une figue, est particulièrement savoureuse et nous met l’eau à la bouche…

Du point de vue formel, enfin, les liens étroits du metteur en scène avec la danse sont mis en valeur, et l’utilisation des ombres chinoises dans les passages dansés, notamment en Afrique, soulignent la pureté et la précision des gestes. La performance musicale sur scène est aussi l’occasion pour les enfants de se familiariser avec des instruments traditionnels moins connus. Surtout, Legrand Bemba-Debert multiplie les variations entre le sens de déplacement des comédiens et le sens de défilement de l’image à l’écran – ce qui lui permet de remonter le temps dans le sens horizontal, mais aussi de suivre le déplacement en hauteur des personnages, quand le prince des joyaux vole sur l’aigle jusque dans son nid, ou quand le garçon des figues saute du haut de son figuier à terre. Le procédé des ombres chinoises est aussi exploité dans la profondeur de la scène, certains comédiens passant parfois devant le décor, jouant de notre frustration lorsqu’ils disparaissent à nouveau derrière la toile.

Un régal pour les yeux et les oreilles, qui se clôt par un savoureux rappel dansé avec tous les comédiens et musiciens.

Crédits photographiques © Alexandra Bansard

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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