Théâtre

« Les cœurs jumeaux » : des histoires de famille compliquées…

« Les cœurs jumeaux » : des histoires de famille compliquées…

03 janvier 2019 | PAR Magali Sautreuil

L’argent ne fait pas le bonheur et est souvent source de discorde… Il peut même briser des familles… Tel est le malheur qui frappe les protagonistes des « Cœurs jumeaux » ! Mais parfois le destin, après s’être un peu joué de nous, nous offre des perspectives de réconciliation…

Inspirée du récit du beau Hassan Badreddine, un des contes des Mille et une nuits, la pièce de la compagnie Tabasco nous raconte l’histoire d’une famille sur trois générations.

Tout débute par une dispute entre deux frères : Chamseddine, l’aîné, et Noureddine Ali l’Égyptien, le cadet. Alors que ces deux-là s’entendaient parfaitement, allant même jusqu’à partager le vizirat d’Egypte, les voici brouillés à jamais au sujet d’un avenir incertain et de l’éventuelle dot versée à leurs futurs enfants. Des broutilles en sommes, mais des broutilles qui ont de graves conséquences. Si Chamseddine demeure vizir au Caire, Noureddine, lui, s’exile à Al-Bassra en Iraq.

Désormais à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, ils vivent malgré tout des histoires similaires et les desseins qu’ils avaient imaginés ensemble se réalisent peu à peu, notamment grâce à leurs enfants : Hassan Badreddine, le fils de Noureddine, et Sett el-Hosn, aussi connue sous le nom de Dame de beauté, la fille de Chamseddine.

C’est par l’entremise de deux djinns, un éfrit mâle et une gennia, que les deux cousins seront réunis une première fois. Ces êtres surnaturels, qui s’immiscent parfois dans la vie des mortels pour en changer le cours, furent en effet si frappés par leur beauté qu’ils décidèrent d’unir Hassan Badreddine et Dame de beauté. Toutefois, malgré leur acte bienveillant, leurs véritables intentions demeurent mystérieuses. Les djinns peuvent effectivement être bons ou mauvais et représentés sous des traits effrayants. Cette ambiguïté transparaît à la fois dans les masques en cuir à lanières qu’ils portent, similaires à celui de Dark Vador, et dans le fait qu’une fois leur union consumée, les deux cousins sont de nouveau séparés. La fille du vizir demeure au Caire et le fils de Noureddine se retrouve à Damas, où il exercera ses talents dans la boutique du pâtissier El-Hadj Abdallah.

Il faudra encore plusieurs années pour que la famille soit enfin réunie, sous l’impulsion d’un certain Agib, un jeune garçon de douze ans qui désire ardemment savoir qui il est et d’où il vient…

Au premier abord enfantine, l’histoire de cette famille est donc bien plus complexe qu’il n’y paraît. Elle aborde des thèmes intemporels que l’on rencontre dans notre vie quotidienne, tels que la famille, l’amour sous toutes ses formes (familial, fraternel, charnel, filial…), la quête de soi et de ses racines…

Malgré tout, la pièce n’est rien dramatique. Plusieurs éléments contribuent à ce décalage entre la tragédie du récit et sa mise en scène. Tout d’abord, l’humour est très présent durant tout le spectacle. Certaines scènes sont très cocasses, notamment celle où le vieux palefrenier bossu du sultan, laid et dégoûtant, passe sa nuit de noces avec la belle Sett el-Hosn, au cabinet d’aisance, pendant qu’il est fait cocu ! Les réactions exagérées des protagonistes, souvent absurdes, prêtent elles-aussi au rire, même quand les personnages sont en larmes !

La pièce s’inscrit ainsi dans la pure tradition orientale et pas seulement parce qu’elle s’inspire d’un conte des Mille et une nuits. Tout d’abord, elle fait la part belle au récit et met en scène trois conteurs : la belle Shéhérazade, vêtue de noir et de brocards d’or, et ses deux comparses. Ces moments contés alternent avec les passages joués. Ils permettent de créer des pauses dans le rythme effréné du spectacle.

La dynamique de ce dernier repose, entre autres, sur les changements de rôles. Chaque comédien joue en effet plusieurs personnages et parfois ils échangent leurs rôles, soit entre eux, soit avec des marionnettes. En tout, il y a trois pantins en bois, qui ont été sculptés pour le spectacle. Ils représentent Hassan, le fils de Noureddine, Sett el-Hosn, la fille de Chamseddine et le bossu du Sultan. Le plus incroyable est que, malgré tous ces changements, on ne perde pas le fil de l’histoire et que l’on parvienne à connaître sans mal qui est qui.

C’est aussi ce qui fait le charme du spectacle, ce mélange entre différents genres. Outre les marionnettes, on trouve aussi des maquettes et un théâtre d’ombres… Ce dernier est installé sous une sorte de tente de nomades au fond de la scène, ce qui donne de la profondeur à cette dernière.

Et, comme dans tous bons récits orientaux, danses et musique sont omniprésentes. La musique, qui a été entièrement composée pour la pièce par Samuel Zucca, un des comédiens, mêle des sonorités orientales à un instrument occidentale : l’accordéon. Ce mélange d’influences est à l’image de nos sociétés, dans lesquelles chaque individu est le fruit du métissage de plusieurs cultures.

D’ailleurs, c’est une équipe franco-anglaise, qui a réalisé ce spectacle.

Ce dernier ne saurait vous laisser insensible, ne serait-ce que par la beauté de ses costumes, créés à partir de matériaux récupérés sur différents films et festivals. Pendant une heure, on a vraiment l’impression de voyager en Orient, au temps des sultans et des vizirs !

Les cœurs jumeaux, avec la compagnie Tabasco, mis en scène par Sophie Tonneau, du 21 décembre 2018 au 4 janvier 2019, au théâtre Pixel, à Paris. Durée : 1 heure.

Visuels : © Alexandre Vaesken

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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