Performance

« Accusations » de Ann Van Den Broek : une sombre introspection

« Accusations » de Ann Van Den Broek : une sombre introspection

28 mars 2019 | PAR Simon Théodore

Programmée lors de l’édition 2019 du Festival EXTRADANSE de Strasbourg, Ann Van Den Broek présentait son spectacle « Accusations ». Inspirée par le texte de Peter Handke, Introspection, la chorégraphe néerlandaise propose une œuvre totale, durant laquelle le théâtre côtoie le concert et l’installation vidéo.

Quelques micros sont installés sur l’immense scène du Théâtre de Hautepierre. Ils sont reliés à des caméras et des pédales d’effets. Ce riche dispositif technique servira l’expression d’une accusation ou, plutôt, d’une « auto-accusation », pour les huit interprètes de ce spectacle immersif. Délimité par des bandes lumineuses, cet espace accueille, tour à tour, ces êtres tourmentés aux pas lourds et saccadés. Progressivement, la performance se débride, est rythmée par la folie de la chorégraphie, de courtes prises de paroles et des cris expiatoires.

Ann Van Den Broek met en scène les plaintes, les regrets et les tourments de ces êtres, vêtus de noir. Plane alors une atmosphère pesante, presque angoissante, renvoyant à une esthétique sectaire, gothique et, peut-être, totalitaire. La chorégraphe cherche à créer un contraste entre les effets d’une pratique collective et l’affirmation des individualités. À l’approche de la zone de plaintes, les mouvements se ressemblent et se répètent. Devant le micro, osant ou n’osant pas s’exprimer, les individus se différencient.

L’un des intérêts du spectacle réside dans cette recherche de briser les codes du théâtre. Déjà cassées lorsque les comédiens s’invitent dans la zone de confort du public, ces règles sont aussi chamboulées par le recours à la vidéo. La mise en scène prend alors tout son sens. L’usage de la vidéo, sensé rajouter de l’espace, rétrécit en fait l’horizon du spectateur. Il est alors scruté, confronté à des gros plans sur les visages des plaintifs. Autre qualité d’ « Accusations », la recherche d’effets sonores. Certaines répliques sont chantées. Sans jamais être face à un concert, on se laisse néanmoins porté par la musique et la voix retravaillée des comédiens. Un effet « d’Elvis Presley sorti des Enfers » diront certains pour qualifier, par exemple, l’interprétation de Louis Combeaud.

En somme, cette sombre performance s’avère être réussie dans sa forme, grâce à une utilisation intelligente de la vidéo, et portée par un collectif talentueux. Intriguant et difficilement compréhensible au début, le propos se révèle progressivement au même rythme que monte la tension. En fin de spectacle, telle une maîtresse de cérémonie, la chorégraphe néerlandaise mettra finalement fin aux tourments et aux remords en débranchant le dispositif, replongeant alors une ultime fois la salle dans la pénombre et laissant place aux applaudissements. 

Visuel : © Maarten Vanden Abeele

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Simon Théodore

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