Danse

Et le noir d’Ann Van Den Broek écrasa le soleil de Perrine Valli en ouverture des RCI

Et le noir d’Ann Van Den Broek écrasa le soleil de Perrine Valli en ouverture des RCI

07 mai 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis sont ouvertes. Vingt Cinq compagnies s’emparent du sulfureux 9.3 pendant plus d’un mois. En guise d’ouverture, le festival a offert un grand écart de niveau, d’exigence et de talent en nous confrontant à deux soleils, l’un trop tiède et l’autre brûlant de noirceur

19h30 : Une femme au soleil de Perrine Valli

[rating=1]

La chorégraphe franco-suisse offre avec Une femme au soleil un collage de choses vues et datées. En s’inspirant du tableau éponyme d’Edward Hopper elle donne à voir une pâle copie d’un désir qui n’a jamais été brûlant entre quatre corps, deux filles, deux garçons, habillés en miroir.

Le geste chorégraphique est extrêmement figuratif et récitatif. Les corps s’enlacent, l’amour se ferait presque. Mais aucune radicalité jamais pas même dans la belle idée du pré dans lequel les filles se prélassent. Il y avait une bonne idée, celle de travailler sur la lenteur. Mais d’autres ont su faire cet apport avant et avec plus de ténacité, Myriam Gourfink en tête qui a fait de la méditation et du yoga le fil conducteur de son geste. Dans les déroulés de dos, trop nombreux, on retrouve tout ce qui a fait d’un Angelin Preljocaj un chorégraphe qui n’est plus à défendre. Elle copie colle sans réussir à asseoir son propos sur l’attirance des corps. Ce soleil est infiniment fade mal porté par des corps qui ne sont pas assez engagés.

21H- The black piece d’Ann Van Den Broek

[rating=5]

Ceci est le genre de pièce dont les images vous hantent longtemps. Où sommes-nous ? Dans une backroom, dans le Projet Blair Witch, dans le clip « Vogue », dans l’after party d’un concert de rock en 1984 ou bien juste dans notre sommeil, plongé dans un cauchemar ? La chorégraphe Belge Ann Van Den Broek est pour la première fois en France et ce ne sera pas la dernière.

Tout commence par une sensation, celle d’entrer dans un train fantôme. Plongés dans le noir par la chorégraphe même qui nous aura juste avant d’éteindre souri d’un air espiègle, nous ne pouvons désormais que faire confiance à nos sens.

C’est là que se niche la danse, c’est peut-être là même que l’on peut la définir : dans la sensation.

Danser ce n’est pas une question technique. Il sera bientôt évident que ces cinq interprètes sont des danseurs hors pairs. Pourtant, « avant longtemps » comme l’écrivait Gainsbourg, on ne verra d’eux que des silhouettes ou des visages filmés en gros plan et forcement, en noir et blanc.

La force de ce spectacle inouï est de nous placer dans un geste cinématographique qui nous fait oublier que nous-mêmes sommes en couleur. En résulte un monument à la fois sexy, grave, et angoissant fait d’apparitions et de disparitions et où la chorégraphe semble avoir vu et revu Stupeur et tremblement.. Ils ont le geste qui se casse, des saisissements épileptiques. Ils ont des interactions où ils incantent « I wish you were here to feel so dark ». Et nous y sommes là. Bien là. Face à un OVNI qui ne supporte aucune comparaison. Ann Van Den Broek a beau avoir créé depuis quinze ans de nombreuses pièces sous la houlette de vzw Ward:waRD, Korzo Productions et Danswerkplaats, son nom reste inconnu en France. The Black Piece. aura donc été montré deux soirs en ouverture des prestigieuses Rencontres Chorégraphiques de Seine Saint Denis qui là répondent à leur mission de découverte d’immenses talents. Adoubons les d’ailleurs de la révélation Sciarroni qu’ils avaient programmés en 2013 avec une version infinie de Folk’s
Il y a ici une idée de génie, celle de penser un spectacle avec comme fil conducteur la plus belle des couleurs et de l’associer à un geste chorégraphique inédit qui s’amuse à flouter les genres et les frontières. Ann Van Den Broek redéfinit l’espace à la lampe torche. Sa coupure d’électricité nous rapproche, captive notre attention face à ces danseurs aux postures parfois de morts-vivants ou de drogués. N’est ce pas la même chose ?

Visuels 1 et 2 : © Maarten Vanden Abeele
Visuel 3 :© Dorothe?e Thebert

« Un parfum de jitterbug » de Tom Robbins, du nez, des betteraves, et l’immortalité.
[Chronique] « Léviathan » de Flavien Berger : dé-constructeur et pionnier
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *