Opéra
« Une nuit à Venise » à l’Opéra de Lyon : Voir Venise et sourire

« Une nuit à Venise » à l’Opéra de Lyon : Voir Venise et sourire

30 décembre 2016 | PAR Julien Coquet

Ouvrage tout en finesse pour les fêtes de fin d’année et équipe technique et musicale au diapason font de cet opéra de Johann Strauss un très bon divertissement.

[rating=4]

Rien n’était gagné pour Johann Strauss qui avait connu le succès en 1874 avec La Chauve-Souris. Multipliant les échecs, le compositeur viennois hérita d’un livret plus qu’alambiqué : la création d’Une nuit à Venise en 1883 au Wilhelmstädtisches Theater de Berlin fut houleuse, le livret étant particulièrement hué. Ce n’est que lors de la création à Vienne un peu plus tard que l’opérette de Strauss allait peu à peu s’imposer.

Le metteur en scène qui se penche sur l’œuvre de Strauss devra être…courageux. Heureusement, Peter Langdal, qui avait déjà mis en scène à Lyon La Chauve-Souris en 2008, réussit pourtant le pari : l’intrigue n’est plus si tordue, les personnages sont bien campés, les imbroglios sont compris et les quiproquos ne sont quiproquos que pour les personnages. La direction d’acteurs est précise et amène souvent des moments comiques, avec une utilisation de l’espace scénique entier : du plateau à la fosse d’orchestre en passant même par les balcons. Tout le monde est réquisitionné pour cette Nuit à Venise, des chanteurs, au chœur en passant par des danseurs, le public et le chef d’orchestre.

Cette mise en scène en Technicolor s’inspire des couleurs d’Arlequin et de la Commedia dell’arte. Lors de l’ouverture du rideau, la chambre du duc est représentée et, par son aspect penché, elle rappelle Le Cabinet du docteur Caligari. Mais dès la représentation de Venise, nous nous retrouvons dans une ville traversée de canaux, colorée et prête à accueillir le carnaval. Les beaux décors sont signés Ashley Martin-Davis tandis que les magnifiques costumes, rappelant les années 1960 de Sophia Loren ou certaines robes Chanel, sont dessinés par Karin Betz.

L’équipe musicale réserve elle aussi de belles surprises. Le Duc Guido de Lothar Odinius est sûrement la plus belle voix de la soirée. Son entrée à l’acte I révèle une voix sensible où les nuances sont parfaitement maîtrisées : certains piano sont tout à fait remarquables. Le Delacqua de Piotr Micinski remplit son rôle de mari aveugle et se révèle être un homme tout à fait capable d’accepter les louanges que lui fait le peuple vénitien. L’Annina d’Evelin Novak est remarquable : son premier air, « Frutti di mare » épouse de beaux aigus montant souvent très hauts. Le reste de la prestation est à l’image de la première impression. Son partenaire à la scène, Caramello (Matthias Klink) manque un peu de puissance, particulièrement au début de l’ouvrage, sûrement le temps que la voix s’échauffe. On aurait ainsi aimé un peu plus de force et de langueur pour ce « Komm in die Gondel ». La prestation scénique et la suite de l’ouvrage satisfont bien davantage. Un autre couple sur scène est celui formé par Pappacoda et Ciboletta. Le premier, cuisinier, interprété par Jeffrey Treganza, est d’une solide vitalité. La vitesse prise parfois pour quelques airs est préjudiciable à la compréhension des paroles mais lorsque le tempo s’apaise, sa voix est pleine de panache. La Ciboletta de Jasmina Sakr est une servante tout à fait appréciable et on sent une véritable chanteuse investie dans son rôle. Le dernier couple, formé par Barbara (Caroline MacPhie) et son neveu Enrico (Bonko Karadjov) est lui aussi plein de charme, la première grâce à des aigus maîtrisés et le second grâce à un entrain enthousiasmant.

L’Opéra de Lyon a bien fait de parier sur le jeune Daniele Rustioni qui prendra la suite du vénérable Kazushi Ono. La Lagunen Walzer est pleine de charme et le chef s’en donne à cœur joie, participant de temps à autres à la mise en scène. La partition ressort admirablement bien, l’orchestre ne couvre jamais les chanteurs et les tempi sont maîtrisés.

Visuel : ©Stofleth

Une nuit à Venise de Johann Strauss à l’Opéra de Lyon le jeudi 29 décembre 2016 à 20h. Mise en scène de Pter Langdal et direction musicale

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Julien Coquet

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