Opéra

Otello, acte II à l’Opéra de Paris

Otello, acte II à l’Opéra de Paris

06 avril 2019 | PAR Paul Fourier

L’annulation de Aleksandrs Antonenko n’handicape pas l’Opéra de Paris qui clôture la série de manière éclatante avec Roberto Alagna et Hibla Gerzmava. On attend Gregory Kunde dans le rôle dimanche …

Pourquoi, direz vous, une nouvelle critique de ce Otello que nous avions déjà couvert à la première (lire ici) ? Initialement, il était question de venir voir une distribution différente car les deux protagonistes principaux devaient changer. Entretemps, Aleksandrs Antonenko a déclaré forfait et Roberto Alagna, en pleine répétition du Carmen, accepta d’assurer une dernière représentation.
A une Desdemona près, c’est donc la même distribution que le 7 mars que nous avons eu ce 4 avril.

Point n’est besoin de revenir sur les défauts de la mise en scène (dont on espère qu’elle finira par être changée pour quelque chose de plus puissant) ni sur la direction assez peu exaltée de Bertrand de Billy en première partie. Par la suite, elle gagnera en tension et l’ensemble des énergies présentes sur scène aboutira à un acte III d’une grande puissance. Rappelons que le soir de la première, Roberto Alagna souffrait des suites d’une trachéite et que le chef mettait une certaine attention à ne pas malmener son artiste.
On saluera à nouveau les seconds rôles (Alessandro Liberatore, Frédéric Antoun, Marie Gautrot) toujours aussi irréprochables.
On reconnaîtra, une fois encore, que nos critiques sur Georges Gagnidze ne portent pas sur une voix belle et suffisamment puissante mais sur un manque à savoir incarner (si peu aidé par la mise en scène) cet être maléfique qu’est Iago. Ce défi semble, malheureusement, souvent impossible si on fait le bilan des véritables et rares artistes qui remplirent le contrat de manière complètement convaincante.

Tirons, une fois de plus, l’enseignement qu’une série de représentations est un processus évolutif, que le temps patine et améliore souvent un spectacle pas encore complètement stabilisé les jours de première. En tout début de série, un ensemble de choses concoure souvent à un sentiment de possible perfectibilité : le trac, l’émotion des artistes quant à leur interprétation, les éventuels problèmes de calage entre eux, la réception du public parisien face à leur spectacle (qui est, tradition désolante, souvent hué même si ce ne fut pas le cas de cette reprise) .
Comme dit plus haut, de surcroît, Roberto Alagna était en méforme le 7 mars et ce qui avait finalement retenu l’attention était la bataille intérieure qu’il avait à mener et de le faire en écho aux démons dont Otello est la proie. L’artiste, avait triomphé par un engagement hors norme et, finalement, mis KO le public par cette incroyable énergie.
Les retours que nous avions eu pendant ce mois ont néanmoins confirmé l’excellence du ténor dans le rôle.

Ce 4 avril, Alagna, sans afficher une forme éblouissante, notamment en seconde partie (les allergies dues à la météo printanière de la semaine semblent être passées par là) ne s’économise pas et démontre, à nouveau, une adéquation totale avec le personnage. De son “esultate” premier à son “bacio” final, il dépeint un personnage puissant, pris par le doute ou la haine, bondissant sous l’emprise de la colère ou se convulsionnant en plein désarroi. Il est un chêne qui ne plie pas mais finit par casser. S’il doit rester une image en ce soir de dernière pour le ténor français, c’est celle de ce Otello assis en lotus, cet assassin que le meurtre semble avoir apaisé malgré les hurlements de Emilia et qui va basculer dans le gouffre destiné à l’homme qui a tué l’amour. Magistral malgré ses quelques failles vocales, on ne sait plus distinguer le ténor de Otello tant les deux entités ont fusionné.

Bien différente de Aleksandra Kurzak, la Desdemona de ce soir atteint la perfection. La voix ample et chaude de Hibla Gerzmava, ce timbre charnu et cette projection insolente sont un véritable miel pour l’auditeur. Cette épouse là s’impose par sa force, son ancrage dans la réalité, son refus d’accepter les accusations d’adultère qui font inexorablement son chemin et conduiront à sa perte. Sûre d’elle, elle avance vers la mort avec une forme de puissance résignée. Réussissant à donner de l’émotion à la chanson du saule et de la noblesse blessée à ses protestations, la soprano qui nous avait déjà impressionnée dans Don Carlos à Bastille confirme ici son immense talent.
Ainsi malgré toute ressemblance avec une représentation ayant déjà existé, ce duo magique nous a emporté sur de nouveaux sommets. Il en est ainsi avec l’opéra, cet art vivant et, parfois, magique.

Le Otello du dimanche 7 avril sera Gergory Kunde. L’occasion d’entendre cet artiste beaucoup trop rare à Paris.

visuel (c) Charles Duprat / ONP et couv : © Paul Fourier

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Paul Fourier

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