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Le Livre à Metz : Désirs de lectures et de réflexions au cœur de la ville – Samedi 6 avril

Le Livre à Metz : Désirs de lectures et de réflexions au cœur de la ville – Samedi 6 avril

07 avril 2019 | PAR Yaël Hirsch

Toute La Culture est en Moselle ce week-end pour célébrer l’écriture et le journalisme avec le Festival Le Livre à Metz. Alors que la Place de la République s’est transformée en grande librairie, que toute la ville est aux couleurs rouges de l’affiche du Festival, que tous les événements sont gratuits et que le thème est, au pluriel, « désirs », nous avons pu suivre une belle série de conférences, spectacles et performances. Live-report forcément non exhaustif, des événements du 6 avril auxquels nous avons pu assister.

Si vous voulez mesurer en quoi l’éducation est la culture sont au top des priorités de la ville de Metz, passez ce week-end voir l’ampleur et la fréquentation du Livre à Metz. Avec environ 2 à 3 événement par heure, dans les trois salons de l’Arsenal, dans la médiathèque et les librairies de la ville, le festival anime toute la cité.

Sur le site de l’Arsenal, il y a aussi une exposition d’envergure. Le photographe Pascal Maître montre la série qui a obtenu le prix de l’Agence Française du Développement : « L’Africain ». Des photos mordorées qui saisissent dans une lumière humide de néons avec des images prises à Bamako, Lagos ou Modagicio, où la vie brûle volontiers la nuit. 

Alors que l’intervention d’Amin Maalouf autour de son nouvel ouvrage Le naufrage des civilisations (Grasset) dans l’église Saint Pierre aux Nonnais était trop pleine pour nous permettre de nous y glisser, nous avons commencé notre découverte du Livre à Metz par un spectacle jeune publique (à partir de 7 ans) de 30 minutes dans la salle du gouverneur de l’Arsenal. Permettant d’entrer dans l’atelier de Jerôme Bosch en jeu d’ombres dans une maison de poupée Renaissance, « L’Atelier de Jérôme »  par la Cie Pardes Rimonim en était à sa 60e représentation. L’auteur, Bretrand Sinopi, a parlé calmement aux enfants sur l’attitude à adopter et ouvert la place à toute les questions après le spectacle: « Vous avez le droit d’être vivants ». C’est Amandine Truffy qui œuvrait sur scène avec ses mains mouvantes et ses voix ventriloque,s dans le petit atelier que suivaient les petits, médusés. 

En salle de l’esplanade, toujours à l’Arsenal et à 16:00, Sarah Polacci animait un débat sur « Changer le monde, réarmer le désir » pour évoquer non plus la Révolution mais l’indignation face à l’injustice, et la question de la classe ouvrière traumatisée par la clôture des usines sidérurgiques. Francois Begaudeau (Histoire de ta bêtise, Pauvert) a fait le distingo entre roman et essai, se se considère  trop privilégié pour se permettre de se dire « indigné » et à déclaré que la position dominante de bourgeois « n’était ni moralement ni esthétiquement désirable ». François Salvaing a parlé de son livre HS (Arcane 17) qui parle de Longwy et traite l’histoire de la sidérurgie en Lorraine, à travers de personnages de fiction et fait le lien avec mai 68. Enfin, Véronique Le Goaziou avec beaucoup d’énergie a parlé de la libération de la position de la sociologue par la littérature avec Monsieur Viannet (La Table ronde). Elle a vraiment abordé la question du désir en le mêlant à la classe, remettant en cause le fait que la bourgeoisie ne soit pas désirable. Elle qui a passé du temps avec des jeunes défavorisés mais qui s’expriment, s’est étonnée du silence des intérieurs pauvres  : « Il y a une forme de disqualification sociale qui se passe à l’intérieur des domicile » notamment avec l’alcool et la télévision.

A l’église Saint Pierre aux Nonnais, Marek Halter à fait salle comble pour raconter son dernier livre, Je rêvais de changer le monde (Robert Laffont / XO). Partant de ses mémoires, il est revenu sur la vie de sa famille juive polonaise pendant la guerre et comment savoir raconter les trois mousquetaires, livre offert dans son enfance, a sauvé sa vie et celle de ses parents échappés du ghetto de Varsovie. « Tout individu même le plus violent rêve d’un monde différent », a-t-il expliqué. Dans la suite, comme on lui a aussi offert, enfant, une version expurgée de la Bible, il a pu inventer la venue D’Artagnan à Jérusalem et continuer à raconter des histoires à des gens qui lui donnaient de la nourriture au pire de la guerre. Il a aussi narré comment, une fois passé à l’Est, il s’est fait enrôler dans les jeunesses communistes et comment les révélations sur les crimes de Staline ont pu le bouleverser. Enfin, passant à des étapes plus tardives de sa vie, il a aussi rappelé des souvenirs de la confrontation au Hamas dans la région de Damas. Le journaliste qui animait la rencontre, Richard Bance n’a pas eu à poser beaucoup de questions, tellement le récit de l’auteur était flamboyant, imagé et riche en anecdotes. Le public a ri, s’est ému, et a adoré ce moment de conte autobiographique. 

Au coeur du village érigé pour le Livre à Metz, place de la République, une tente accueille des « p’tites causeries ». A 17h,  Philippe Collin (Le voyage de Marcel Grob, Futuropolis) et Tristan Thil (Le rapport Brazza, Futuropolisp ont parlé de « désir de vérité ». L’Histoire s’est assise à leur table et Philippe Collin a parlé de l’épuration de 1945. « Nous sommes les gardiens de la nuit », a-t-il déclaré, citant son ami Olivier Guez avant de constater : « Quand on fait de l’histoire ce qu’on doit au passé, c’est sa vérité’.

La soirée permettait de faire l’expérience de la 18e Nuit de la Radio que certains ont déjà peut-être connue à Paris en Toutes Lettres, à la Scam ou au FID de Marseille. Cette expérience a eu lieu dans le cadre majestueux du Musée de la Cour d’or, qui recueille les trésors du territoire depuis l’époque gallo-romaine. Alors que chacun a pu récupérer un casque pour s’allonger sur un transat  sous la grande nef à la lumière changeante du musée, le programme proposé par Karine Le Bail portait un titre « hugolien » : « Le jour tombe, la nuit se lève ». On nous proposait un parcours sonore, aussi émouvant que savant, avec des séquences d’archives diverse faisant un portrait des nuits à la radio (Marguerite Duras autant que des programmes scientifiques ou érotiques). 

Enfin, la soirée s’est terminée par un dîner convivial et assis à l’Orangerie de l’Arsenal, où nous avons eu la chance de côtoyer plusieurs élus qui nous en ont dit plus sur la politique culturelle de la ville. Deux d’entres eux sont aussi auteurs : Président du Conseil de l’IUT de Metz, Michel Seelig vient de publier aux éditions de l’Harmattan César et Dieu, qui retrace l’évolution du droit liant la religion et le politique. Médecin, anesthésiste réanimateur, ancien médecin militaire et membre du Conseil municipal, Raphaël Pitti revient de cinq missions en Syrie où il est allé former du personnel médical, administratif et des formateurs, pour que le pays ait une autonomie dans ses possibilités de soins. Il a publié chez Taillandier un livre sur cette mission : Va où l’humain de porte

Rendez-vous pour plus de Metz et plus de livre, demain.

visuels : YH 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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