Opéra
Olivier Py et Thierry Escaich proposent la suite de « La Voix Humaine » de Cocteau-Poulenc

Olivier Py et Thierry Escaich proposent la suite de « La Voix Humaine » de Cocteau-Poulenc

27 mars 2021 | PAR Victoria Okada

Captés au début de mois de mars au Théâtre des Champs-Elysées, le diptyque La Voix Humaine / Point d’orgue nous emmène dans un monde psychologique qui frôle la folie. Olivier Py et Thierry Escaich, qui ont imaginé la suite de La Voix Humaine, propose le personnage d’Elle plus forte que ce que l’on voyait chez Cocteau et Poulenc.

Elle dans La Voix Humaine, est la femme en détresse dépendante du téléphone (ici de l’ordinateur et du téléphone portable), l’objet auquel elle s’accroche comme pour s’accrocher à son passé avec Lui, son amant qui devient plus autonome dans Point d’Orgue. En revanche, Lui est entrainé dans un cycle infernal par L’Autre, à la fois « son dealer, son bourreau, peut-être son amant ». Lui est désormais dépendant de L’Autre, comme Elle l’était de lui auparavant.

Ce jeu de rôle est mis en musique avec brio par Thierry Escaich. Sa partition est la traduction musicale de la psychologie des trois personnages, aussi forts les uns que les autres. Les procédés savants de la composition créent un chaos sonore jusqu’à des sonorités désagréables, mais parfaitement organisées. La magie opère ainsi grâce au génie d’Escaich qui manie toutes sortes de langages avec une aisance surprenante.

La mise en scène d’Olivier Py, avec ses collaborateurs de longue date (Pierre-André Weitz pour décor et costumes et Bertrand Killy pour les lumières) présente, comme décor unique, une chambre qui tourne sur elle-même. L’état chaotique d’Elle puis de Lui est ainsi visualisé par un véritable « sens dessus dessous ». La chambre d’Elle dans la première pièce se transforme en une chambre d’hôtel dans la seconde, probablement celle d’un hôtel à Marseille où descendait Lui à la fin de La Voix humaine. Cette unité assure la continuité, de même que l’apparition de Lui et de L’Autre sous la fenêtre de chez Elle dès la tragédie lyrique de Poulenc ainsi que le chien noir évoqué dans celle-ci.

Jérémie Rhorer assure la direction avec virtuosité, qui ne laisse pas un seul moment d’hésitation sur la partition disparate de Poulenc puis celle, complexe, d’Escaich. L’Orchestre national Bordeaux-Aquitaine, étalé jusqu’au milieu du parterre, pour garder la distance entre les musiciens, réagit magnifiquement à la baguette du chef, offrant un somptueux tissu sonore aux deux opéras singuliers. Patricia Petibon se montre une incarnation parfaite d’Elle, offrant une variation fascinante de timbres et de couleurs et un vrai jeu de comédienne. Jean-Sébastien Bou joue le rôle de Lui en descente permanente vers l’enfer. Sa voix ancrée exprime merveilleusement la profondeur des tourments de son personnage déprimé. Quant à Cyrille Dubois, en L’Autre, sa virtuosité vocale est tout simplement étonnante. Dans un type de rôle qui lui est jusqu’alors inhabituel, il déploie toutes les possibilités vocales qu’il possède, assurant sa partie extrêmement difficile à interpréter.

L’enregistrement sera diffusé le samedi 27 mars à 20h sur France musique en clôture de la semaine « Action ! Création ! » et en VOD en avril.
Le compte-rendu détaillé est sur Vivace-Cantabile.com

visuel : © Vincent Pontet

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