Opéra

Les Huguenots à Berlin : un fatras inutile sauvé par les chanteurs

Les Huguenots à Berlin : un fatras inutile sauvé par les chanteurs

15 novembre 2016 | PAR Nicolas Chaplain

La Deutsche Oper de Berlin présente une nouvelle mise en scène des Huguenots de Giacomo Meyerbeer. La programmation de cette œuvre est un véritable cadeau tant la présence du compositeur se fait rare sur les scènes actuelles. Si la distribution et l’orchestre dirigés par Michele Mariotti sont magistraux, la mise en scène tape-à-l’œil de David Alden est inutilement cossue et spectaculaire.

David Alden ne semble pas avoir lu la dimension politique et sulfureuse du livret, la forte actualité du propos, la violence des situations dont il ne livre, par paresse ou par fantaisie, qu’un spectacle grandiloquent et laid, un divertissement bourgeois et inoffensif. La Cour du Comte de Nevers chante le vin, l’amour et la jeunesse. Guindés dans des fracs, les seigneurs catholiques sont ici des vieux chnoques arborant chapeaux claque, gros cigares, écharpes et médailles.

Aucune sauvagerie, aucun érotisme, dans cette version. Tout est prétexte à faire du spectacle tapageur et grossier. Le metteur en scène ne recule devant rien et organise un fatras improbable et hétéroclite. Une tapisserie chamarrée descend des cintres ainsi qu’un mur de portraits de la Renaissance. On fait entrer et sortir des chevaux en plâtre puis une calèche. Une baignoire et une colonne corinthienne sortent du sol. Marguerite de Valois apparaît dans une tenue dorée élisabéthaine et revient dans une robe d’opérette rouge vif. Dans la chapelle, des silhouettes encagoulées rappellent les coiffes pointues du Ku Klux Klan. Tandis que les catholiques entonnent « Les plaisirs, les honneurs, la puissance », un groupe de danseurs bondissants se lance dans un french cancan.

L’ensemble kitsch fatigue et provoque l’ennui. Pourtant, le combat à l’épée mimé au ralenti, le défilé des éventails et des robes de cocktail clinquantes, le ballet des soubrettes avec leurs plumeaux et leurs petits tabliers blancs qu’on n’imaginait plus voir sur une scène en 2016 ont amusé le parterre aisé et âgé de la Deutsche Oper.

Sous la baguette énergique et attentive du chef Michele Mariotti, l’orchestre se déploie à mesure de la représentation. Juan Diego Flórez interprète le gentilhomme huguenot Raoul de Nangis avec la voix superbe et éclatante qu’on lui connaît, une précision et un engagement certain. Olesya Golovneva chante Valentine de Saint-Bris, la jeune fille dont Raoul est amoureux mais que ce dernier repousse, croyant qu’elle est la maîtresse de Nevers. La chanteuse, superbe, bouleverse lorsqu’elle murmure « je suis seule chez moi ». Elle est furieuse, folle d’angoisse et saisissante lors du duo avec Raoul à l’acte IV qui offre enfin le seul vrai moment touchant et intense de la soirée. Ante Jerkunica est Marcel, le serviteur et ami de Raoul. Il apporte beaucoup de profondeur et d’humanité à ce personnage sombre et fruste et se montre particulièrement émouvant dans la prière de l’acte III. Derek Welton dans le Comte de Saint-Bris et Irene Roberts dans Urbain sont tous les deux remarquables. Patricia Ciofi prête sa voix, sa prestance, son autorité et sa fantaisie à Marguerite de Valois qu’elle joue séductrice, libre, espiègle et ferme. Extrêmement délicate autant qu’agile et vive dans « O beau pays de Touraine », elle bombarde des aigus puissants. Debout au milieu des cadavres et des flammes, sa robe blanche tachée de sang, elle lève les bras en croix et tente de sortir un cri muet et impuissant pour faire cesser le massacre en vain tandis que le rideau tombe.

A la Deutsche Oper de Berlin, le 13 novembre 2016. © Bettina Stöss

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Nicolas Chaplain

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