Opéra

Festival de Parme 2019 – chroniques verdiennes. 1ère partie : Une première soirée délicieuse avec Mariella Devia.

Festival de Parme 2019 – chroniques verdiennes. 1ère partie : Une première soirée délicieuse avec Mariella Devia.

18 octobre 2019 | PAR Paul Fourier

Toutelaculture a suivi le Festival Verdi de Parme pendant cinq jours. Voici nos impressions déclinées en plusieurs épisodes. 

L’Italie est terre d’opéras. Et, en toutes saisons fleurissent des festivals, dont certains sont directement dédiés à de grands compositeurs. Rossini, Donizetti, Puccini ont le leur. Et Verdi ne pouvait, bien évidemment, être en reste.

Giuseppe Verdi est né à Roncone en 1813 ; il y a fait ses études et a passé une partie de sa vie à Busseto, à une trentaine de kilomètres de Parme. Le Teatro Regio a été le lieu de création d’un de ses opéras, mais la plupart y ont été donnés ; cette ville d’Émilie-Romagne se prêtait donc parfaitement à célébrer le compositeur. Le festival (dont le programme 2019 est ici) en est, cette année, à sa dix-neuvième édition.

La manifestation met à l’affiche, quatre opéras (pour 2019, I due Foscari, Aïda, Luisa Miller et Nabucco) et nombreux sont les autres événements dont l’existence justifie pleinement l’appellation de « festival ». La plupart des opéras sont donnés dans le superbe Teatro Regio, une salle à l’italienne de 1200 places qui fut inaugurée en 1829.

Parme est, de surcroît, une très belle ville dans une région riche d’un patrimoine architectural stupéfiant (Modène, Mantoue, Cremona, Ferrare, Bologne sont à deux pas) . Venise et Florence ne sont pas si loin et, on doit le dire, le réseau ferré italien est aujourd’hui sans commune mesure avec le réseau français qui s’est considérablement dégradé.

L’aéroport de Bologne est une bonne porte d’entrée dans la région et la gare de Bologne – accessible par bus – permet de rejoindre bien des villes de la région, dont Parme.

L’œuvre de Verdi est importante. Outre vingt-sept opéras, Verdi a composé de la musique sacrée, des chansons, des hymnes, des symphonies…  Il occupe, de surcroît, une place très singulière dans le cœur des Italiens tant sa vie personnelle et son engagement politique ont coïncidé avec une époque capitale de l’histoire de la Péninsule.

Une douce arrivée avec Mariella Devia au Teatro Regio.

Notre première soirée était consacrée à celle que l’on peut légitimement appeler une déesse de l’opéra. Elle a désormais cessé les représentations d’opéras, mais continue à donner des récitals et à transmettre son art par des master classes (voir ici le petit entretien qu’elle nous a accordé).

 

Mariella Devia a commencé sa carrière dans les années 70 et appartient au petit groupe d’artistes qui a marqué le bel canto d’une empreinte éclatante. Elle a beaucoup chanté Rossini, brillé dans Mozart (notamment dans L’enlèvement au sérail), abordé tardivement un répertoire plus lourd, avec Lucrezia Borgia et les reines de Donizetti et enfin avec Norma de Bellini.

Le 19 mai 2018, elle a, par une ultime Norma, au Teatro de la Fenice de Venise, mis un point final à sa carrière scénique.

Pouvoir assister à l’un de ses récitals est donc encore un privilège (pour les Français, on pourra la retrouver le 14 décembre à Bordeaux, courez-y !), d’autant que les années qui passent n’ont pas fait perdre à l’artiste les grandes qualités qui ont fait sa gloire.

Le programme du concert, logiquement et en grande partie consacré à Verdi, était construit avec intelligence.

Débutant avec Les sonnets de Pétrarque de Franz Liszt, pièces inclassables qui décrivent une liaison amoureuse, elle laisse entendre une voix incroyablement fraîche, un souffle intact et une attention au texte poétique absolument remarquable.

Alors que sa carrière, raisonnée, l’a conduite à finalement peu approcher le « cygne de Bussetto » (elle n’aura chanté que dans quatre de ses œuvres), elle peut s’offrir en récital, le luxe d’interpréter trois airs dans lesquels elle démontre, elle, la belcantiste, la filiation qu’il existe entre Verdi et les compositeurs majeurs qui l’ont précédé. Ceux-là proviennent d’opéras dont la création s’échelonne de 1843 à 1848. Nous sommes dans les années de jeunesse et la grande révolution verdienne qui commence, avec la trilogie des années 1850, n’a pas encore eu lieu.

Devia y ajoutera un air tiré de Falstaff, ce dernier opéra de Verdi qu’elle a interprété sur scène et qui s’inscrit dans une toute autre veine en rappelant à quel point sa Nanetta était pertinente.

En entretien, elle nous confiera qu’elle n’aurait probablement pas pu chanter ces rôles dans leur totalité. Pour autant, la cavatine de Giovanna d’Arco, la scène et le rondo d’I Lombardi, la scène et cavatine d’Il Corsaro et l’air et la cabalette d’I Masnadieri sonnent tous comme des évidences. Le souffle, le legato, les notes aigues toujours intactes de la soprano montrent toutes ces héroïnes dans leur fraîcheur, dans leur jeunesse même.

Renouant avec ses amours naturelles, elle ajoutera à ces morceaux de choix la cavatine de Maria Stuarda, opéra de Donizetti de 1834 qui fut une étape importante de sa carrière. Ce clin d’œil, placé après Giovanna d’Arco, rappelle judicieusement que les compositeurs de Bussetto et de Bergamo furent contemporains ; que seulement onze ans séparent les deux œuvres et qu’elles furent interprétées par les mêmes sopranos. Deux reines se rejoignent et Devia souveraine du bel canto, y démontre encore superbement, l’autorité et la souffrance de la reine d’Écosse condamnée.

Au piano, Giulio accompagne Mariella avec une sensibilité et une grande attention. Il nous offrira en prime deux très belles mazurkas de Chopin et l’Arabeske de Robert Schumann.

© Roberto Ricci

Vidéo : Mariella Devia dans Maria Stuarda à la Scala de Milan en 2008

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Paul Fourier

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