Opéra

Un petit moment d’exception en compagnie de Mariella Devia.

Un petit moment d’exception en compagnie de Mariella Devia.

12 octobre 2019 | PAR Paul Fourier

Comme chacun des spectateurs du Teatro Regio, nous l’avions quitté, le 9 octobre, à l’issue d’un extraordinaire récital dans lequel la fraîcheur de la voix le disputait à une extraordinaire maîtrise de l’art du bel canto, art qu’elle porte, depuis des décennies, vers des sommets. Ayant débuté sa carrière dans les années 70, elle a mis un point final à sa carrière scénique en 2018, à la Fenice de Venise, avec une ultime Norma. Elle se consacre aujourd’hui au récital et à l’enseignement.

L’occasion était donc trop belle de profiter du séjour à Parme pour essayer de la croiser, ne serait-ce que quelques instants. Et cela fut rendu possible grâce à l’attaché de presse du Festival Verdi de Parme.
C’est donc à l’issue d’une materclasse qu’elle donnait à l’intérieur du théâtre que j’ai pu rencontrer la chanteuse.

On est tout d’abord frappé par le caractère discret et doux de cette femme toute simple, en jean et baskets, et par l’apparent paradoxe qu’il existe entre celle-ci et la reine du bel canto qui fut et est encore ovationnée, adulée, adorée de par le monde pendant toutes ces années. Elle nous indique qu’elle est non seulement malade mais également, et on le comprend aisément, fatiguée par sa journée. On lui promet donc de nous ne lui prendrons qu’un petit moment. Impressionné d’être devant une femme qui a, à ce point, marqué l’histoire du chant, on peine à mettre en marche l’enregistreur et c’est parti …

Bonjour Mariella, je dois dire que c’est un immense privilège de pouvoir vous rencontrer et je vous remercie infiniment.
Tout d’abord, nous sommes aujourd’hui dans le cadre du festival Verdi mais finalement vous n’avez pas chanté tant de Verdi que cela.

Non, en effet, j’ai seulement chanté Giovanna d’Arco, Rigoletto, Falstaff et bien sûr, Violetta.

Votre rapport à Verdi est moins fort que celui à Bellini, Donizetti et Rossini.

Je crois que c’est normal compte tenu de ma voix. Mais il est vrai que lors du récital (du 9 octobre), j’ai chanté des airs d’héroïnes que je n’ai jamais interprétées sur scène. c’est notamment le cas pour le Corsaro. De même, pour l’air de Masnadieri. On retrouve du bel canto dans ces airs ; il y a notamment beaucoup de legato et des coloratures.

Si l’on doit résumer à grands traits, quels sont les rôles qui vous ont le plus marqué pendant votre carrière ?

Je pense à Lucia, à Rigoletto, L’enlèvement au sérail, et ensuite quand j’ai choisi de changer un petit peu de répertoire, toujours dans le bel canto, j’ai approché Borgia, Bolena et Devereux puis finalement Norma.

Vous n’avez pas chanté Puccini.

Seulement Musetta.

N’est-ce pas grâce à cette gestion de votre carrière que vous avez pu faire cette incroyable carrière ?

Oui, je le crois absolument. J’ai choisi ces rôles parce qu’ils me correspondaient. J’aime beaucoup le bel canto et j’aime le chanter et ainsi, je suis resté dans les rôles que j’aimais. Mais, il y a eu tout de même une évolution avec le temps en partant de Lucia et en arrivant à Norma.

Oui, Norma est un rôle difficile.

Oui, avec Devereux et aussi Borgia !

Une petite question sur la France et vous. Vous n’y avez pas chanté tant que ça. Je vous ai entendu, il y a longtemps dans Lucia à l’Opéra Bastille.

Oh, il y a bien longtemps. Mais j’ai chanté pas mal en France dans les années 80-90, des Lucia beaucoup, Puritani à l’opéra comique, des Rossini (le Comte Ory, Adelaide di Borgogna, Zelmira, il Turco in Italia) et également Lakmé et Gilda. Et puis, il y a eu L’enlèvement au sérail au Festival d’Aix-en-Provence. Et en 2011, j’ai chanté Roberto Devereux en version concert à Marseille.

Votre carrière est globalement plutôt italienne.

Oui c’est vrai, même si j’ai chanté un peu partout dans le Monde, au Met par exemple, mais il est certain que j’ai chanté principalement en Italie.

Désormais, vous faites de l’enseignement. Comment ça se passe ? Vous enseignez dans une école ?

Non, pas dans un école. Je fais des masterclasses ou j’enseigne chez moi, à Rome.

Une petite question sur vos partenaires et sur ceux qui vous ont inspiré ?

Bien sûr, j’ai chanté avec des grands chanteurs comme Alfredo Kraus et Luciano Pavarotti et c’est forcément marquant pour moi.
Pour le reste, je n’écoute pas beaucoup de disques avant de prendre un rôle. J’aime étudier et, ensuite, lorsque j’ai appris le rôle, je peux écouter des disques. Donc je ne m’inspire pas, non. Bien sûr, j’aime beaucoup Renata Scotto et Montserrat Caballé avec qui j’ai un répertoire en commun.

Merci infiniment Mariella, pour ce petit entretien. Reste à vous laisser vous reposer maintenant. Merci.

© Paul Fourier

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