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Toulouse-Lautrec, un trait résolument moderne, au Grand Palais

Toulouse-Lautrec, un trait résolument moderne, au Grand Palais

18 octobre 2019 | PAR Yaël Hirsch

À l’occasion de l’exposition Toulouse-Lautrec, résolument moderne, le Grand Palais réunit 225 oeuvres du portraitiste des dessous de la capitale à la Belle Époque dans un format thématique et chronologique, qui met en avant la modernité de son trait. Un indispensable et un grand moment d’intelligence et de plaisir. 

Il n’y avait pas eu de grande rétrospective dédiée à Henri de Toulouse-Lautrec depuis 1992 à Paris. Alors qu’Albi et la Région Occitanie ont célébré les 155 ans de ce noble descendant des Comtes de Toulouse, et que le musée Toulouse-Lautrec prête ses trésors avant d’entamer ses travaux, nous entrons dans cette exposition scénographiée avec à-propos dans des teintes qui rappellent les couleurs de la Belle Époque (fonds ou tapis verts anis) avec  un accrochage intelligent, à la fois thématique et chronologique, et une circulation la plus fluide possible.

L’exposition  se concentre vraiment sur l’oeuvre plutôt que sur l’homme : on apprend quelques épisodes par bribes, comme par exemple son adhésion au groupe des XX et son internationalisation ou sa syphilis. Elle montre également le génie de son trait. Autre point impressionnant : le grand choix d’œuvres ! Celles-ci ont été prêtées par les musées d’Orsay, d’Albi, de Chicago et de New-York.

L’exposition commence par mettre l’accent sur l’importance de la vraisemblance chez Toulouse-Lautrec en évoquant son travail d’après photographies. Le naturalisme est essentiel dans la formation de peintre, qui voulait « faire vrai et non pas idéal ». On sourit à ses parodies de fresques de Puvis de Chavannes, avant de passer à ses portraits torturés et habités de Jeanne Wenz et de la rousse Carmen Gaudin. Dès l’entrée du deuxième espace, sont mis en avant son travail d’affichiste, notamment pour Bruant, et celui de portraitiste, en particulier des dandys de Paris. Deux immenses panneaux pour la baraque de la Goulue à la foire du trône, venus d’Orsay et  représentant deux types de danse, finissent de nous happer dans son univers. Toujours fascinés par son trait, on découvre et retrouve le maître avec non seulement des sanguines, des illustrations pour textes littéraires et des croquis pour la Revue Blanche, mais aussi des décors de théâtre totalement fulgurants. Ne manquez pas La curée,  venue des collections d’Albi ! 

Un escalier intimiste nous mène vers la suite de l’aventure désormais dominée par les femmes : d’abord la chanteuse Yvette Guilbert, sa rousseur et ses gants noirs qui font l’objet de toute une série de croquis venus du département des arts graphiques du musée d’Orsay. Puis le fameux travail dans les maisons closes et cet œil unique qui n’est ni lubrique, ni cliché mais qui pénètre dans l’intimité des femmes que le petit homme et grand artiste suit à la fin des années 1890. Fort à propos, l’exposition souligne en deux dessins, l’un d’un couple ambigu au lit et l’autre d’une femme seule allongée, combien le crayon de Toulouse-Lautrec enquête aussi sur les interstices de l’homosexualité et de la masturbation. 

Après un passage passionnant par le mouvement et notamment la mise en avant (en dehors du cirque) d’une fascination pour les courses de chevaux, l’exposition semble arriver à son acmé, en révélant les lithographies que les ailes de la danseuses Loïe Fueller ont inspirées à Toulouse-Lautrec à la fin des années 1890 : les serpentines transcrivent un art quasiment abstrait, coloré et répétitif comme une obsession. La dernière salle opère comme un carnaval ou un cirque fou et mélange tous les thèmes phares du peintre dans un univers halluciné où  Messaline croise Chocolat

Un grand moment de vie, de dessin et de joie !

Toulouse-Lautrec, résolument moderne, exposition présentée à Paris, dans les Galeries nationales du Grand Palais, du 9 octobre 2019 au 27 janvier 2020, les lundis, jeudis et dimanches de 10h à 20h, ainsi que les mercredis, vendredis et samedis, de 10h à 22h.

Visuel : Affiche de l’exposition © RMN

Infos pratiques

Manufacture des Abbesses
Théâtre de l’Atalante
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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