Classique

Un génial concert de Jordi Savall à la Philharmonie

Un génial concert de Jordi Savall à la Philharmonie

18 octobre 2019 | PAR Jules Bois

Ce mardi 15 octobre, le grand Jordi Savall dirigeait le Concert des Nations, pour nous jouer les 3e et 5e symphonies de Beethoven.

Ce concert s’inscrivait dans le cadre du projet européen « Beethoven Académie 250 », qui, pour célébrer le 250e anniversaire du compositeur, entreprend d’interpréter l’intégralité de ses symphonies. Cette interprétation s’accompagne de deux grands axes. Un axe technique, qui entend s’approcher au mieux de la musique telle qu’elle était entendue à l’époque. Un autre plus spirituel, qui souhaite retranscrire le plus fidèlement possible les intentions de Beethoven. Un projet ambitieux et nécessitant beaucoup de travail, en plus de celui de l’interprétation habituel. Des questions essentielles comme le tempo, les nuances et les intentions de Beethoven ont dû être investies au regard de l’histoire, du travail de musicologues, et de l’interprétation de Jordi Savall lui-même. En juin, le chef d’orchestre avait déjà interprété les symphonies n° 1,2 et 4. Cet automne était dédié aux symphonies n° 3 et 5.

En première partie, se jouait donc la Symphonie n° 3 en mi bémol majeur -« Eroica ». Composée entre 1803 et 1804 et créée en 1805 au Theater ab der Wien, cette symphonie avait d’abord été dédiée à Napoléon alors Premier Consul. Mais son sacre le fit changer d’avis, et il changea cette dédicace « pour fêter le souvenir d’un grand homme », le prince de Lobkowitz, important mécène de Beethoven. 
Tant d’intensité ressortait de cette interprétation ! Grandiose, héroïque sont des adjectifs répétés à l’envie pour décrire cette symphonie, mais quoi que communs, il est difficile de faire plus approprié. De la découverte de la géniale exposition du premier mouvement à la déchirante voix du hautbois s’élevant dans la Marcia funebre en passant par la surprise de l’entrain du troisième mouvement pour finalement s’achever sur le grandiose Finale, la symphonie était merveilleusement bien interprétée. Si il est facile de se laisser aller à un grandiose pompeux voire orgueilleux, une chose est sûre, Jordi Savall a évité avec brio cet écueil. 

Que dire de la Symphonie n° 5 en ut mineur si ce n’est qu’elle était incroyablement bien menée ? La popularité immense du thème à quatre notes de l’Allegro con brio peut parfois faire oublier à quel point tout les thèmes, mélodies et variations de la symphonie sont extraordinaires. L’exaltation produite par l’hymne triomphal du dernier mouvement où l’orchestre élargi joue ensemble époustoufla tout le monde, de même que l’entrain qui l’accompagnait, donnant presque envie de se lever d’enthousiasme avant la fin.

Éminemment conquis, le public applaudit à tout rompre tant et tant que Jordi Savall se résolut à prendre la parole, à défaut de revenir une quatrième fois saluer l’audience. D’abord de vive voix puis au micro qu’on s’empressa de lui apporter bien qu’il n’en eut pas besoin, celui-ci remercia les musiciens et ceux qui avaient rendu permis les répétitions et l’existence de cette programmation.
Sans transition, ce qui rendit difficile la compréhension immédiate de ce qui se passait, Jordi Savall apporta une touche politique à ce concert. Reprenant les mots de Carles Puigdemont, il afficha son soutient aux neufs catalans condamnés par la Cour suprême espagnole à « 100 ans de prison au total ».

Son soutient aux luttes catalanes pour l’indépendance et la dénonciation de la répression par l’Espagne n’est pas récent. Dans une interview accordée à l’Observateur en octobre 2017, il avait même comparé l’Espagne franquiste au gouvernement d’alors de Mariano Rajoy, dans son idéologie d’une Espagne « una, grande y libre ». Dans les plus hauts gradins, un homme, excédé, tonitrua « C’est faux !! » après que Jordi Savall ait mis en garde l’Espagne dans ses dérives autoritaires, suscitant un rire dans l’assemblée. Ne souhaitant pas envenimer les choses, le chef d’orchestre fit un geste d’apaisement, avant de se retirer de la scène, semblant peiné, bien qu’applaudit une dernière fois par le public.

Un concert riche en émotions et en rebondissements tant musicaux qu’oratoires, qui rendirent cette soirée inoubliable, et tout le monde rentra chez lui avec en tête parmi les meilleurs pièces de la musique classique, fameusement interprétées par Jordi Savall et le Concert des Nations.

 

Vue extérieure – Philharmonie © William Beaucardet / Philharmonie de Paris

Festival de Parme 2019 – chroniques verdiennes. 1ère partie : Une première soirée délicieuse avec Mariella Devia.
Terrier sort son premier clip « Tourniquet »
Jules Bois

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *