Opéra
Michel Fau offre un George Dandin kitsch, baroque et burlesque à Versailles

Michel Fau offre un George Dandin kitsch, baroque et burlesque à Versailles

06 janvier 2022 | PAR Victoria Okada

Pour inaugurer l’année Molière qui marque les 400 ans de la naissance du dramaturge et comédien, l’Opéra royal de Versailles propose la comédie-ballet George Dandin, avec la musique de Lully, interprétée par l’Ensemble Marguerite Louise. Il s’agit d’une production programmée en juin 2020 au Théâtre des Bouffes du Nord mais annulée à cause de la pandémie. Ce George Dandin devient ainsi le premier spectacle du cycle Molière au Château de Versailles qui se poursuivra jusqu’au 26 juin prochain. C’est aussi le tout premier spectacle de l’année Molière

La mise en scène verticale

L’œuvre — une comédie mêlée d’une pastorale chantée — raconte les mésaventures de George Dandin (Michel Fau), un paysan fortuné qui a obtenu un titre de noblesse et une épouse en cédant sa richesse aux parents de la jeune femme. Or, Monsieur de la Dandinière ne cesse d’être ridiculisé par sa femme et son amant, et par ses beaux-parents, à cause de son origine modeste. Malgré le sort tragique du héros, Michel Fau marque, comme souvent, sa signature kitch dans une esthétique baroque burlesque pour une mise en scène verticale. Celle-ci est clairement lisible par le décor (Emmanuel Charles) et par la place que chaque personnage occupe dans ce décor. On voit sur scène une petite maison entourée des branches d’arbres (le livret indique pour l’acte III de « grandes roches entremêlées d’arbres », précise la note de Thomas Leconte dans le programme) et surmontée d’une sorte de niche gothique où apparaît, telle la madone d’une peinture religieuse, la jeune femme qui, selon ses parents, est « vertueuse ».

Chaque personnage a sa place dans le décor

Les personnages ont donc leur place : Angélique (Alka Balbir) dans la niche surélevée, Monsieur et Madame de Sotenville (Philippe Girard et Anne-Guersande Ledoux) sur la plateforme qui entoure la niche, et Dandin dans la maison qui les soutiennent. Cela représente la hiérarchie sociale entre eux, mais également le degré de leur malhonnêteté ou l’importance qu’ils accordent aux conventions sociales de leur rang. Ainsi, Angélique, qui voit son amant Clitandre (Armel Cazedepats) et ment comme elle respire sur ce fait — cela fait d’elle le personnage le plus « malhonnête » de cette pièce — ne fait finalement que respecter la formalité de son mariage qui n’est qu’un moyen d’assurer les conditions financières de la famille. Or, ses parents, qui croient à leur supériorité vis-à-vis de Dandin (même s’ils sont à nos yeux insupportables pour leur arrogance), sont honnêtes dans cette croyance…
Mais un basculement opère dans le troisième acte. Claudine, la servante (Nathalie Savary), prend la place d’Angélique (pour montrer leur complicité ?) alors que Lubin, le servant (Florent Hu), reste « en bas ». Peut-on lire ici une évocation de l’émancipation des femmes qui s’affirment, quelles que soient leurs conditions, se donnant une place plus élevée que les hommes ?
Quoi qu’il en soit, cette mise en scène en apparence toute simple, recèle une multiplicité de lectures et fascine en même temps par son aspect burlesque.

Les costumes et les lumières forment une unité avec la mise en scène

Les costumes et les lumières prennent entièrement part dans la mise en scène. Christian Lacroix, restant fidèle à des modèles historiques, introduit cependant une touche moderne, notamment à travers les motifs de la robe d’Angélique, comme pour symboliser le caractère rebelle de la jeune femme. Les lumières de Joël Gabing vont parfaitement de pair avec la mise en scène, notamment pour la scène de nuit dans l’acte III et l’éclairage imitant les bougies (scènes de bergers).

Les bergers baroques

Les quatre bergères et bergers sont les plus richement vêtus dans les habits baroques (la pastorale « idéalise la noblesse de cour représentée par les bergers », dit le metteur en scène dans sa note d’intention), pour chanter des douces pastorales qui font un contrepoids à l’intrigue sombre. Les quatre chanteurs chantent, accompagnés de gestes baroques. Au début, ils sont quelque peu maladroits dans ces gestes, mais gagnent en aisance au fil de la représentation. Les timbres fort différents des deux sopranos, Cécile Achille et Juliette Perret, enrichissent les couleurs tout autant que le ténor François-Olivier Jean et le baryton David Witzcak.

Les musiciens sur scène

La musique est conçue comme des intermèdes qui peuvent être regroupés pour constituer une œuvre à part entière et indépendante, d’où le sentiment de séparation par rapport au théâtre, et ce malgré le lien évident des paroles des chants avec la pièce. D’ailleurs, les dix musiciens sont placés sur les deux côtés du décor central sur la scène, et les châssis représentant les hautes herbes les cachent lorsqu’ils ne jouent pas. Gaétan Jarry assure la prestation de son Ensemble Marguerite Louise depuis le clavecin placé côté jardin avec la flûte, malgré la distance qui les sépare des cordes, y compris les instruments de la basse continue, à l’autre côté de la maison de Dandin.

La saison Molière du Château de Versailles Spectacle se poursuit avec les deux autres comédies-ballets, Le Malade imaginaire (par la troupe de la Comédie Française, du 13 au 17 avril) et Le Bourgeois Gentilhomme (mise en scène de Denis Podalydès, avec l’Ensemble La Rêveuse et Christophe Coin, du 9 au 19 juin) ainsi que quatre concerts (Ensemble Correspondance / Sébastien Daucé ; Le Poème Harmonique / Vincent Dumestre ; Les Talens Lyriques / Christophe Rousset ; et Les Arts Florissants / William Christie).

George Dandin sera en tournée dès le 11 janvier :
11 janvier – Le Tangram, Evreux-Louviers
14 et 15 janvier – Palais des Beaux-Arts de Charleroi (Belgique)
18 au 22 janvier – Atelier Théâtre Jean Vilar Louvai-La Neuve (Belgique)
25 et 26 janvier – Théâtre Impérial de Compiègne
28 et 29 janvier – Opéra de Massy
1er février – Théâtre Le Forum, Fréjus
4 février – Théâtres en Dracénie, Draguignan
10 février – Théâtre Olympia, Arcachon
13 février – Opéra Grand Avignon
17 février – Théâtre des Sablons, Neuilly-sur-Seine
27 et 28 février – Grand Théâtre de Calais
2 avril – Théâtre du Courneau, Agen
5 avril – Théâtre Jean Vilar, Saint-Quentin
12 et 13 avril – Théâtre Saint-Louis, Pau
16 avril – Théâtre des 2 rives, Charenton
21 et 22 avril – Théâtre de Suresnes Jean Vilar
6 au 29 mai – Athénée Théâtre Louis Jouvet, Paris
1er et 2 juin – Scène national de Chambéry
9 juin – Konzert Theater Bern (Suisse)
14 au 17 juin – Théâtre de Caen

photos © Hartmann/photographie

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