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Body Body, le corpus fluorescent de Nina Childress

Body Body, le corpus fluorescent de Nina Childress

06 janvier 2022 | PAR Laetitia Larralde

Cette année, la peintre franco-américaine Nina Childress s’installe au Frac Nouvelle-Aquitaine avec Body Body, une exposition rétrospective espiègle et phosphorescente.

Cette première rétrospective française de Nina Childress revient sur quarante ans de carrière avec un parcours non chronologique. Les œuvres se répondent les unes aux autres au travers des époques, entraînant le visiteur et son regard dans le vaste espace du Frac, à l’échelle des toiles de l’artiste. Le thème est donné par le titre : Body Body. Body comme « body of work », qui désigne l’ensemble de l’œuvre d’un artiste, et se résume par les deux toiles exposées dès l’entrée, la première et la dernière peinte, en 1980 et 2020. L’organisation de l’exposition a également donné lieu à un travail titanesque de recensement de toutes les peintures produites dans un catalogue raisonné créé du vivant et par l’artiste, 1081 Peintures. Aucune toile ne manque à l’appel, les « croûtes » inassumées comme le reste, dans un grand geste sincère de bilan et de partage sans censure.

Body, c’est également une référence directe au corps, omniprésent dans l’œuvre de Nina Childress. Elle affirme qu’elle s’amuse plus à peindre des seins et des fesses que des corps habillés, et les corps, avec ou sans vêtements, essentiellement féminins, peuplent l’exposition. On les trouve en entier comme dans 845-L’Enterrement, reprise orgiaque de l’œuvre de Courbet, par morceaux, ou en portraits géants avec sa série des grosses têtes, telle celle de Sharon Tate, juxtaposée à un tout petit Roman Polanski. Et même quand les corps ne sont pas représentés, ils existent en creux, dans les sièges vides ou les chevelures ondulant sur des fonds désincarnés.

Tout comme 1081 Peintures s’accompagne d’une autobiographie par Fabienne Radi, les deux livres reliés par un élastique, Body Body évoque le thème du double. Nina Childress travaille souvent par séries, de savonnettes, de bonbons ou encore de jouets, qui multiplient les images similaires mais pourtant distinctes, ou sur le thème de la gémellité. On le retrouve dans les tableaux sur deux actrices jumelles de série B, ou encore avec les portraits de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac. Mais ce double, c’est également un jeu entre les good paintings et les bad paintings. La peintre s’amuse à créer deux versions de ses toiles : une bien peinte photo-réaliste et une plus proche de la caricature ou de son idée de la croûte, la dernière donnant souvent plus de mal à réaliser que la première.

Si le titre de l’exposition sonne comme un titre de chanson pop, cela pourrait être un hymne à l’amour de l’artiste pour la culture pop et ses icônes. On croise Sylvie Vartan, Catherine Deneuve, Hedy Lamarr ou Sissi, version cinéma et version statue, à côté de tupperwares géants et d’images tirées de films ou de magazines. Le fond est plutôt léger, séduisant, et si Nina Childress dit ne pas chercher à faire passer un message par ses œuvres, c’est que la peinture est son sujet principal. On la regarde jouer avec des couleurs vives et fluo, tester la peinture phosphorescente (certaines toiles sont exposées dans une pièce à lumière noire qui amusera petits et grands) ou créer des peintures floues. Ces flous, qui demandent une maîtrise certaine de la technique, nous laissent avec une impression de vision flottante, incapables de faire le point sur une image qui nous échappe. Et dans ces petits décalages où l’image se dédouble, se défait de la réalité, le fluo vient s’immiscer, nous éblouissant.

L’exposition de Nina Childress est une ode joyeuse et joueuse à la peinture et à la couleur. on y retrouve des références autant à l’histoire de l’art qu’aux petits objets du quotidien ou aux icônes de la culture pop, créant un univers auquel il est facile de se connecter. Et même si la mort se cache dans de nombreuses toiles, elle ne fait que renforcer l’effervescence vitale qui réunit les œuvres de Nina Childress. Alors laissez-vous emporter dans ce tourbillon fluo !

Body Body – Nina Childress
Du 17 décembre 2021 au 20 août 2022
Frac Nouvelle Aquitaine-Méca – Bordeaux

NINA CHILDRESS 1081 PEINTURES. Co-édition : Beaux-Arts de Paris, Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA et Galerie Bernard Jordan. Monographie de 750 pages avec plus de 1 400 illustrations. Biographie de 246 pages. Ces deux livres séparés sont réunis par un élastique en silicone vert. Prix TTC : 49 €

Visuels : 1- Nina CHILDRESS, 781 – Rondeau sur fond rouge, diptyque, 2007, © Adagp, Paris, 2021, Crédit photo : DR / 2- Nina CHILDRESS, 980 C. Twins (poils), 2018 © Adagp, Paris, 2021, Crédit photo : DR / 3- Nina CHILDRESS, 1041 Genoux serrés, 2020 © Adagp, Paris, 2021. Crédit photo : DR / Nina CHILDRESS, 1080 Chaises blanches sur fond blanc, 2020 © Adagp, Paris, 2021. Crédit photo : DR / 5- couverture de 1081 Peintures, photo © Susanna Shannon

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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