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Le sexe désabusé des Impromptus au Pavillon du Lac

Le sexe désabusé des Impromptus au Pavillon du Lac

26 juin 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il y a des bites mais elles sont en crochet, il y a des gros seins mais ils se devinent dans le flou d’une vidéo, il y a des mots crus, mais ils sont écris à la bombe à peinture. Le sexe ici n’est pas offert, il est souffrant, souvent ironique. Pour leur cinquième édition, le festival pluridisciplinaire « Les Impromptus » entre… au plus profond du sujet.

Après Décembre, Hiver, Travail et Fantôme, la compagnie Des Treizièmes propose 11 formes sur le thème « Sexualité[s] ». Voilà bientôt deux ans qu’en pleine crise, ce festival s’est enraciné. Quel en est le secret ? Surement d’avoir pris l’époque à contre-pied en jouant la carte d’un zapping spectaculaire où changer de chaîne ne fait pas changer de thème. Avec les Impromptus, il est impossible de s’enfuir.

Cette cinquième édition est honnêtement la plus rafraîchissante et la plus divertissante de toutes. Il faut dire que le sujet s’y prête : en trois mots : du cul, du cul et encore du cul. Comme toujours, la compagnie et leurs acolytes jouent le jeu d’un déroulage de fil sérieux.  Trois dates seront données et à chaque fois, les propositions changeront.

Pour la première, hier soir, le sexe était vengeur sous la jupe de ballerine de Lola (Céline Groussard) en braqueuse de l’éternel ado qu’est Monsieur Belleville. A force d’errer autour du métro il lui arrive toujours quelque chose. Alors quand la belle danse sur la table du bar sur le tube de Lykke Li, I Follow Rivers, Le mépris de Godard n’est pas loin. Ici, les colts sont dans les culottes des filles et les coups se tirent rapides dans les chiottes abjectes. Ambiance.
La même Céline Groussard, décidément pleine de talent, nous apprendra plus tard, à l’occasion d’un court-métrage carrément drôle, qu’il ne faut pas se cacher sous sa langue. Les lectures de L’œil d’or nous coupent toute envie de rire. « Il sait tout de mon clitoris mais rien de mon intimité » balance Marion Amiaud. Pas mieux pour les amours travestis de Laurent Bréchet ou les amours morts du cadavre de Sarah Gautré.
Pas d’orgasme en vue dans ces Impromptus. Ce n’est certainement pas dans la perf’ parodiant Marina Abramovic dans un Scream bucolique que le cri se fera heureux.
C’est dans un feu d’artifice que le collectif Denisyak réinvente un cours de  Véronique et Davina porno totalement désexualisé. Alors, ils sont foutraques, habillés en moule-bonbon fluo, le front barré d’un bandeau d’un clip de Sabrina en 1988. La seule fille du club, Faustine Tournan s’emmerde à mourir alors qu’un Ludovic Lamaud donne tout… et que Dominique Daguier arrose le public de pilules censées être magiques.

Au final, les onze propositions ont questionné, dans un Pavillon du Lac où même l’été joue des timides, à quel point le sexe devenu intellectuel peine à bander. Il y a celle qui dit « J’ai envie de baiser mais pas de savoir avec qui », une autre qui avoue préférer dormir avec son mari, et c’est tout.  Les Impromptus réussissent le tour de force de mettre la distance nécessaire avec le thème, sans grivoiserie ni jugement.

La soirée se termine autour du bar, où ça picole plus que ça ne danse, il ne faudrait quand même pas que le corps exulte. Mais, l’espoir est là, le son « rock collection » du dj Le Mellotron réussira au bout du bout, à faire remuer les popotins de chacun.

Les Impromptus,

1er juillet et 2 juillet à 20h30 au Pavillon du Lac – 19, place Armand-Carrel- 75019 Paris.

Site : lesimpromptusdotorg.wordpress.com/

 

Visuel : (c) ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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