Spectacles
Le rêve, l’invité obligatoire des scènes de spectacle

Le rêve, l’invité obligatoire des scènes de spectacle

14 juin 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il fut un temps pas si ancien où chaque spectacle se dotait d’un moment kitsch. Ici une chanson de Céline Dion, là de Richard Cocciante. Et bien ce temps-là s’est effacé au profit d’une nouvelle fiction : le rêve. Pas une pièce qui depuis le début de la saison n’emploie cet outil pour apporter de la distance quand il le faut.

Le rêve comme premier matériau du théâtre

Le songe d’une nuit d’été était encore à l’affiche de l’Odéon il y a quelques jours. Guillaume Vincent dans une version glam-rock-baroque. Songe et Métamorphoses, où tout n’est que conte dans la première partie, une relecture très vive des Métamorphoses d’Ovide et rêve dans ce Songe où les amants ne se retrouvent qu’endormis et ensorcelés.  Thibaut Croisy lui s’amusait dans un autre genre à utiliser le rêve comme premier outil avec 4 rêves non-censurés en présence de Fleur Pellerin où le comédien grimé en énarque derrière son pupitre devient fou, complètement saisi par ses rêves érotiques dont Fleur est toujours l’héroïne, qu’elle soit nue au Musée Gustave Moreau ou bien qu’elle voit ses seins transformés en placard. Le rêve est ici la porte des possibles; l’ouverture vers tous les fantasmes.  En 2013, au Off d’Avignon,  le duo de musiciens electro-acoustique composé de Carole Rieussec et J-Kristoff Camps écrivait vos rêves, les mettait en voix et les mixait avec le son qu’ils venait chopper lors de leur déambulation au milieu des spectateurs/ auditeurs alanguis. Le spectacle est ici mental et la déambulation est statique. La performance venait dire que le rêve était spectaculaire et que surtout, il pouvait se vivre les yeux fermés.

La performeuse Fanni Futterknecht nous raconte : La façon dont je construis mes mises en scène est de démontrer une manière irrationnelle et surréaliste qui fait référence à un état de rêve. C’est parce que j’explore le domaine du fantasme. Les figures sont fantastiques d’habitude et leur discours est fantastique aussi. Dans An object with a sharp beginning, ce sont des êtres irrationnels qui peuvent être considérés comme des figures de l’esprit «inconscient», l’état que vous entrez lorsque vous rêvez. Mais fondamentalement mon travail concerne les états mentaux et l’état de l’inconscient fait partie de cela.

Le rêve comme apaisement du réel

Dans Mon cœur, le spectacle que Pauline Bureau présentait aux Bouffes du Nord récemment, il était question de l’histoire de Claire, victime du médiator. Elle raconte, alors que les tracasseries administrative font penser que le château de kafka est une comédie, « Cette nuit, j’ai fait un rêve. Un lapin était suspendu à un crochet de boucher. Un homme en costume cravate le dépeçait. » La metteuse en scène nous raconte : « Des rêves, il y en a dans tout mes spectacles,c’est récurent, j’ai l’impression que cela exprime aussi un part d’inconscient, une angoisse. Ce rêve là, est partie d’une des victimes du médiator qui me disait que c’était là son sentiment, d’être un lapin que l’on dépeçait quand elle était devant les commissions. Et la faire passer dans un rêve me semblait être une bonne idée. Claire dit « Cette nuit j’ai fait un rêve, un lapin était suspendu à un crochet de boucher , un homme en costume cravate le dépeçait et l’avocat lui répond « je sais, c’est dur, c’est très dur ». Cela me permettait ce dialogue entre eux deux. L’avocat comprend immédiatement ce qu’elle veut dire. » 

Exorciser le cauchemar

Nous avons demandé au comédien Raoul Fernandez si il lui était déjà arrivé de raconter un rêve sur scène. Il répond : « Oui, ça s’appelait Ars Exilia Mundi. A l’époque j’étais étudiant de théâtre à la fac Paris VIII Saint Denis. J’avais rêvé que mon corps était recouvert des feuilles, c’était l’automne. J’avais écris un texte et avec trois autres comédiens nous avons tournée un court-métrage. Sur scène, je sortais de l’écran, que je déchirais et la salle était recouverte de feuilles sèches. Dans ce cas, c’est un vrai rêve qui est raconté ». Il précise « Oui, j’étais mort mais vivant. Et mon corps recouvert des feuilles. Juste mon visage n’était pas recouvert dans mon rêve. Pour lui la fonction principale de fiction du rêve est de « exorciser » ce rêve. Mais alors, est-ce que cela a marché ? Le matérialiser, sentir la sensation de se fondre a la nature, devenir un seul avec la forêt, oui ça m’a donné des sensations physiques de quiétude, de repos. Le titre en latin, comme une langue « morte » qui prenait vieµ. Partir d’une sensation végétale. Dans mon rêve il y avait une grande quiétude et dans le spectacle j’essayais de retrouver cet état. En revanche, la cruelle réalité c’était après de nettoyer la salle et surtout de s’excuser auprès du lieu d’avoir trop dépassé les limites du remplissage de la salle en feuilles sèches. Personne ne s’attendait à ce que mon rêve soit si extrême au point de reproduire matériellement un bon morceau de terrain champêtre recouvert de feuilles »

Point de départ, centre, fin, le rêve est devenu le rendez-vous indispensable à une fiction totale.

Visuel : Elsa Agnès et Hector Manuel, photo © Élizabeth Carecchio

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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