Théâtre
Rencontre avec Aude Brenner « Deux amoureux à Paris »

Rencontre avec Aude Brenner « Deux amoureux à Paris »

14 décembre 2019 | PAR Magali Sautreuil

Dans un spectacle musical où se mêlent texte, compositions originales et images projetées, Aude Brenner et son mari, Régis Simon, nous racontent la folle aventure de deux tourtereaux à la conquête Paris. Revenons sur cette création originale avec Aude Brenner, à l’affiche du Studio Hébertot jusqu’au 26 février 2020. 

Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, je suis comédienne, chanteuse et auteure-compositrice. J’ai eu un parcours professionnel très éclectique entre le music-hall (j’ai été meneuse de revue aux Folies Bergère), le théâtre et la chanson, puis l’écriture. Je me suis un temps installée en province pour prendre un peu de recul. J’ai continué à me produire dans des spectacles et, parallèlement, j’enseignais le chant dans un conservatoire. J’ai privilégié un temps de tranquillité pour la fin de scolarité de ma fille. Puis…. j’ai rencontré un musicien qui est devenu mon mari, Régis Simon, lui-même pianiste, chanteur et compositeur. Nous avons commencé à écrire ensemble et… je me suis dit : « Allez ! J’y retourne ! Je rentre à Paris ! » J’ai convaincu mon mari de tenter ensemble notre chance à la Capitale.

Comment vous est venue l’idée de ce spectacle ?

Quand nous sommes arrivés il y a 7 ans, Paris n’attendait pas que nous et il a fallu chercher du travail. Nous avons commencé à chanter dans des restaurants pour gagner notre vie… Nous nous sommes amusés à faire des chansons parlant de ces lieux. Ainsi, Chez Plumeau, Cosy Montparnasse, Le Père Claude… se sont écrites naturellement, comme une vraie ballade dans Paris. Nous voulions écrire un spectacle, au début c’était Petites histoires d’une fille de music-hall, mais je n’étais pas emballée… Ma vie, mon œuvre….Bof… Et puis, en plaisantant, j’ai lancé cette idée : DEUX AMOUREUX À PARIS ! Alors nous avons écrit des chansons sur la Tour Eiffel, Notre-Dame, le music-hall, les bords de Seine, le métropolitain… et puis d’amour, et puis sur lui, sur nous… Nous avons voulu y mettre de l’humour, de la tendresse, de l’auto-dérision et de la poésie. Régis Simon, en plus d’être un excellent musicien, est un personnage, un mélange entre Jacques Tati et Mister Bean. Quant à moi, j’ai un peu un côté Madame Loyal. Le couple de scène s’est construit entre l’histoire d’amour, le désir de tout recommencer à zéro à 50 ans passés, Paris et son image un peu idéalisée, sous nos yeux émerveillés, amoureux et heureux, d’avoir retrouvé Paris.

Comment avez-vous pensé la mise en scène et l’interaction entre théâtre, projection et musique ?

Notre metteure en scène, Janicke Askevold, avait vu notre premier show-case. C’est elle qui a souhaité faire la mise en scène. Elle vient de la mode, elle est comédienne et réalisatrice. C’est tout naturellement qu’elle a souhaité mettre des images sur ce spectacle, parfois construites en miroir comme une mise en abîme poétique. Textes, chansons et images se mêlent au service de la narration en apportant une dimension esthétique et parfois un peu décalée… On joue avec l’image, elle nous met en scène, elle nous habille, elle se moque de nous aussi quelques fois. Cela apporte une véritable richesse visuelle, sans pour autant être trop réaliste.

Que représente la scène pour vous ? Que représente-t-elle pour cette ancienne meneuse de revue ?

Je viens d’une famille d’artistes, ma grand-mère, mon grand -père, ma mère, mon frère… J’ai passé mon enfance à suivre ma mère dans les festivals, ma grand-mère en son temps était musicienne, comédienne, chanteuse et auteure-compositrice. C’est elle qui m’a élevée et elle m’a tout appris. Elle m’a fait rentrer au conservatoire d’art dramatique et, rapidement, j’ai commencé à travailler. Le théâtre m’offrait toujours des rôles dramatiques. Comme je faisais de la danse et que je chantais aussi dans les cabarets, le music-hall est venu à moi, d’abord les tournées dans les casinos, théâtres et chapiteaux en province, puis un jour l’audition aux Folies Bergères… Grâce à cela que j’ai pu entrer dans un registre plus fantaisiste et léger. J’ai toujours voulu être une artiste pluridisciplinaire comme ces artistes que je voyais dans les comédies musicales à la télévision dans les années 1960. Ce n’était pas forcément bien vu dans les années 1980/1990 et cela m’a parfois mise dans une mauvaise catégorie. Aujourd’hui, les choses ont bien changé et on ne reproche plus à un artiste d’être sur plusieurs types d’activités artistiques, bien au contraire. J’aime profondément le music-hall. Le théâtre, la chanson… font pour moi partie intégrante de ma vie. Mais avant toute chose, mon désir profond est de toucher le cœur des gens. Voilà avant tout ce que représente la scène pour moi.

La vie d’artiste est-elle conciliable avec la vie de famille ?

Oui, mais j’avoue que lorsque ma fille est née, je l’ai eue tard, elle a pris toute la place et était devenue ma priorité. J’avais derrière moi près de 20 ans de carrière. Je n’avais donc pas de frustration. Et puis, plus tard, je me suis organisée, comme toutes les mamans qui travaillent, en trouvant les bonnes personnes pour m’aider.

Dans le résumé du spectacle, on parle de « destins transformés ». Croyez-vous en la destinée ? Pensez-vous que nous sommes maîtres de nos vies ?

Eh bien, c’est un sujet dont je pourrais vous parler des heures. Ma vie a été extrêmement riche et ce depuis ma plus tendre enfance. Ma famille est passée par de grandes souffrances et de grands deuils. Mais nous sommes toujours dans la recherche d’accomplir plus encore, et mieux encore, toujours et toujours, dans nos vies professionnelles et personnelles. Il y a eu beaucoup de chahut dans ma vie privée. La liberté et la richesse créatives des années 1970 nous avaient rendus invincibles, indestructibles, tout était possible et rien ne pouvait, ni ne devait se refuser à nous… Aujourd’hui, je pourrais mener une vie confortable au bord de la mer dans une maison que j’aurais pu acheter en étant professeure dans un conservatoire. J’ai tourné le dos à ce confort pour me jeter à nouveau dans la folie de ce métier qui fait de nous d’éternels « oiseaux sur la branche ». Cependant, j’ai une certaine philosophie de vie qui dit que tout vient de nous. Et j’essaie, malgré ma volonté de ne pas ronronner, d’être une personne sage et tournée vers les autres. Mais oui, la destinée existe et il ne faut jamais renoncer à ses rêves. Nous devons être maîtres de notre cœur et de notre destinée. Même si on ne peut pas échapper aux drames et aux aléas multiples de la vie, on peut décider de ne pas se laisser détruire et se déterminer à accomplir ses rêves les plus fous.

Que représente Paris pour vous ? Est-ce vraiment la ville de tous les possibles ?

Paris, si tu la quittes, elle te manque… Je me rappelle avoir pleuré parfois en voyant des images de Paris à la télé lorsque je suis partie vivre en Italie pendant deux ans. Idem lorsque j’ai passé quelques années en Bretagne. Parfois, Paris, on a besoin de s’en éloigner. Mais l’énergie qui se trouve à Paris est une réalité, même si j’ai toujours vanté et prôné la décentralisation, chose que j’avais découverte en Allemagne quand j’allais y chanter dans les années 1980/1990. J’ai créé des spectacles en province et on y est même souvent mieux accompagné en terme d’aides et de subventions. Malheureusement, il est souvent très difficile de sortir du territoire. Heureusement, certains y arrivent. Mais il faut en général souvent passer par la case Paris. Et puis Paris, c’est ma ville. Elle n’est pas toujours très sympa, mais c’est la plus belle ville du monde.

Quels projets avez-vous pour 2020 ?

Eh bien déjà que notre spectacle fonctionne et qu’on puisse le jouer le plus longtemps possible, à Paris, en province et à l’étranger. Parallèlement à cela, nous sommes en train d’écrire un nouvel album plus personnel. Dans un tout autre style, nous aimerions faire les festivals, et je ne cracherai pas sur un joli rôle au théâtre ou au cinéma. Cela ferait des vacances à mon mari !

Deux amoureux à Paris, un spectacle musical de et avec Aude Brenner et Régis Simon, mis en scène par Janicke Askevold, présenté du 27 novembre 2019 au 26 février 2020, tous les mercredis, à 19h, à Paris, au Studio Hébertot. Durée : 1 h 10.

Réservez votre place sur le site de la Fnac (ici).

Visuel : Affiche du spectacle.

Infos pratiques

Palais des Congrès d’Issy-les-Moulineaux
Théâtre El Duende
Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

One thought on “Rencontre avec Aude Brenner « Deux amoureux à Paris »”

Commentaire(s)

  • Thierry Galipon

    Ce spectacle, « Deux Amoureux à Paris », est mon gros coup de coeur de cette fin d’année 2019, en y allant je ne m’attendais pas à recevoir autant d’émotions mais le talent et la sincérité de ces deux magnifiques artistes, Aude Brenner et Régis Simon m’a complètement embarqué du coup j’y retournerai en 2020 pour bien démarrer l’année !!

    décembre 21, 2019 at 4 h 40 min

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