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Si la quête d’idéal était contée, « La princesse au Petit pois » habite la Comédie Française

Si la quête d’idéal était contée, « La princesse au Petit pois » habite la Comédie Française

16 juin 2015 | PAR Bérénice Clerc

La Comédie Française noyée dans sa vétuste poussière fait la prouesse d’offrir la scène de son Studio Théâtre à Edouard Signolet pour la reprise de sa mise en scène inventive, fantaisiste et drôle de « La Princesse au petit pois » d’Andersen avec Elsa Lepoivre, Elliot Jenicot, Georgia Scalliet et Jérémy Lopez. Enfants, parents peuvent rire et divaguer sur le sens de la vie, les raisons d’être sur terre, habiter son temps et aimer.

La Comédie Française, ses pensionnaires, ses sociétaires, sa troupe si difficile à gérer, ses subventions énormes pour des représentations souvent d’un autre temps, ensuquée dans un jeu, une diction, une ringardise costumière, scénographique sans oser même tirer sur une ambulance et parler des photos actuelles de la troupe qui peuvent, à n’en pas douter, passer pour une parodie tant elles sont ridicules, risibles et loin des standards ou des délires artistiques du moment pour les troupes nationales des autres pays d’Europe !

Nous ne sommes pas là pour constater avec tristesse les difficultés d’une troupe nationale qui ne vit pas avec son temps pour offrir à ses contemporains le théâtre ici et maintenant.

La Comédie française a eu l’excellente idée de demander à Edouard Signolet une mise en scène pour le jeune public et de lui proposer une reprise du 29 mai au 28 juin.    .

« La Princesse au petit pois », une histoire connue d’un grand nombre d’adultes et d’enfants, la salle du Studio théâtre est comble, enfants, familles, classes sont au rendez-vous pour découvrir l’adaptation d’Edouard Signolet co-écrite avec Antoine Guémy et Elsa Tauveron (disponible chez l’Arche éditeur).

Dès les premières secondes, les spectateurs sont plongés dans l’histoire, un des personnages se détache, il nous guide, raconte la scène comme une meneuse de revue éclairée par la poursuite.

Un royaume, une reine, son roi et son prince, un décor et des costumes simples pour ouvrir la porte de son propre rêve, imaginer chacun son conte personnel grâce à eux.

Un homme, une femme, des parents plein de doutes, d’angoisses, de certitudes, de tendresse pour leur petit déjà trop grand pour quitter le nid avec confiance. Il va parcourir le monde pour trouver une vraie princesse, l’épouser et reproduire le schéma dessiné par ses parents. Si la vie était si simple elle n’aurait pas de sens ! L’adaptation du conte est à elle seul une pépite pour les enfants qui sont respectés et à qui les mots et la poésie offrent généreusement la possibilité de réfléchir et d’imaginer un monde où tout est possible quand l’Amour triomphe.

Le prince un peu benêt peut-être, naïf, idéaliste, perdu entre le bonheur dit par ses parents et la réalité de leur vie qu’il n’aimerait pas semblable pour lui même. Il part à la recherche d’une vraie princesse, mais qu’est une vraie princesse, celle des contes, celle des films, celle qui dans une belle robe ne pense pas mais sait faire un magnifique signe de la main et rire à la moindre phrase ? L’humour est partout dans ce spectacle, le texte, le jeu, plusieurs lectures sont possibles, les grands et les petits rient à gorge déployée.

Une quête existentielle est montrée avec de belles images, jamais le spectacle ne prend la pause, la l’énergie est partout, la fantaisie, la musique, les danses, une folie douce comme devrait toujours être la vie quand elle habite la scène.

Ce prince est en chacun de nous, répondre aux attentes de ses parents, reproduire ce qu’on leur a imposé, sans qu’ils le sachent, pour mieux l’imposer à ses enfants sans le savoir, rêver d’idéal sans écouter ses envies de liberté, faire des choix en réalité imposés par le carcan de la société, vouloir toujours plus et finalement ne pas vivre sa propre vie, ce conte spectaculaire donnera envie aux enfants de faire des choix et se respecter. Ironie, sarcasme mélancolie et tendresse sont également visibles.

Le prince tombe amoureux, son cœur vibre et son cœur tremble mais elle n’est pas princesse et ne veut surtout pas vivre ces clichés. Il rentre chez lui, l’orage gronde dehors, la souffrance et la tristesse ne le quittent pas, une fille aux apparences mal nippées sonne à la porte du château, le roi et la reine ont peur de l’étrangère, ils osent la faire entrer et pour la tester en vue d’un mariage avec leur chérubin, mettent un petit pois sous quelques matelas, si elle le sent c’est une vrai princesse… Elle se plein d’avoir mal dormi le matin, c’est donc une princesse pour les parents, elle peut épouser le prince. L’Amour triomphe, l’espoir d’un changement est possible après le noir final du spectacle.

La Comédie française peut être fière de donner à voir un véritable spectacle jeune public dans lequel les enfants sont considérés à juste titre comme des adultes en devenir.

Le travail d’Edouard Signolet sculpte avec profondeur la matière humaine du rêve et propose un théâtre vivant où musique, pensée, corps, danse, tendresse, folie, absurde, réflexion, jeu et poésie ont toute leur place. Un spectacle d’une heure à applaudir d’urgence avec tous les enfants de votre entourage personnel ou professionnel.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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