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Hassane Kassi Kouyaté : « Le théâtre est une place publique »

Hassane Kassi Kouyaté : « Le théâtre est une place publique »

12 août 2020 | PAR Chloé Hubert

Nous avons rencontré Hassane Kassi Kouyaté, directeur des Francophonies en Limousin depuis janvier 2019, pour parler du festival des Zébrures d’automne qui aura lieu du 23 septembre au 3 octobre. Il nous parle notamment de sa volonté d’affirmer les Francophonies non plus comme un festival mais désormais comme un véritable lieu de création, de réflexion et de recherche à l’année. 

Comment avez vous traversé la période de crise sanitaire dans laquelle nous sommes  toujours d’ailleurs ?

Ce qui a été difficile pour nous, c’est d’avoir annulé le premier festival des Zébrures du printemps. Ça a été quelque chose de très douloureux, pour tout le travail fait par l’équipe, les artistes et les rencontres qu’on espérait avec le public, même si nous avons pu honorer tous nos contrats, quels qu’ils soient. Puis, quand on a fini de dire ça, on relativise aussi, parce qu’on est en vie et en bonne santé.

Est ce qu’il y a eu un report d’une partie de la programmation du festival des Zébrures du printemps sur celui d’automne ? 

Non, parce que ce sont deux festivals complètement différents, je souhaite que ça le soit en tout cas. Parce que notre lieu – je ne parle pas de festival parce que les Francophonies c’est un lieu – c’est tout un processus « des écritures à la scène ». C’est deux pans : il y a celui des écritures avec les Zébrures du printemps et puis il y a celui des écritures scéniques, du spectacle vivant avec les Zébrures d’automnes. Pour moi, c’est très important qu’il y ait une fête des auteurs, indépendamment des créations sur scène. Donc les deux festivals sont liés, mais différents.

Et donc comment vous avez pensé la programmation des Zébrures d’automne ? Est ce qu’elle a été pensée en résonance avec la crise sanitaire, ou pas spécialement ? 

Au moment du confinement, c’était déjà presque entièrement programmé depuis au moins un an, parce qu’avec les créations, il faut s’y prendre tôt, et je l’avais mis sous le sceau de la jeunesse autour de l’Afrique. Mon projet quand j’ai pris la direction, c’était de travailler chaque année à mettre la lumière sur une partie du monde. Et donc il y avait une opportunité avec Africa 2020, donc j’ai dis : ça va être l’Afrique. Ensuite, là, avec le Covid, il y a certains spectacles que j’ai gardés tels quels et d’autres qui ont évolués, il y a eu des changements d’acteurs donc on a travaillé avec la diaspora africaine de France et d’Europe sur d’autres créations. Aujourd’hui, je n’ai même pas 5% d’aléatoires ; 95% des spectacles sont sûrs. Et on a travaillé aussi surtout avec la diminution des jauges des salles ; si c’est ouvert, on sait faire, et si ce n’est pas ouvert, on s’est adapté. 

Est-ce qu’il y a une grosse part de créations dans le festival cet automne ?

Oui, je souhaiterais que ce festival les Zébrures d’automnes soit un festival avec de plus en plus de créations, ou de premières en France ; que ce soit un festival de découvertes, et d’émergence. Donc cette année, nous avons 12 créations. 

Pouvez vous expliquer d’où vient le terme de « Zébrures » ?

Le zèbre est l’emblème du festival depuis plus de 25 ans et ceux qui l’ont mis là lui ont donné plusieurs significations : c’est le symbole de l’animal qu’on ne dompte pas ; c’est la diversité aussi, aucune zébrure n‘est pareille d’un zèbre à l’autre ; c’est l’autre qui éclaire l’autre, c’est le noir qui éclaire le blanc… c’est beaucoup de symboles. Et donc moi je ne voulais pas couper avec le passé ; ce n’est pas du tout mon but, au contraire, il y a eu tellement de bonnes choses de faites dans le passé. D’ailleurs, je prône cette année la nécessité de le rappeler par une exposition sur les 37 ans du festival qui permet de rendre hommage à son créateur et aux directeurs et directrices qui se sont succédés. Ils ont fait un travail remarquable. Et moi, je me basais sur le passé, donc je ne venais pas pour changer de nom.

Mais désormais vous récusez quand même le terme de festival pour les Francophonies.

Oui, on ne peut plus dire festival des Francophonies parce que ce n’est plus un festival, puisque c’est un lieu de réflexion, un lieu de travail, un lieu de recherche et de création. Il y a une maison des auteurs pendant toute l’année ; et il y a deux festivals, il y a une action culturelle et artistique importante avec les universités et les associations, il y a un travail de création de plus en plus important, donc on ne peut pas dire festival, c’est ça qui ne convenait plus. Des gens pensaient qu’il n’était là que pour les dix jours de spectacle, c’est faux ! On a un travail monumental toute l’année. 

Vous avez également des conférences, de tables rondes, est-ce que c’est nouveau ? 

Il y avait déjà des petites choses, mais moi je l’affirme plus parce que je constate que de plus en plus, on se retrouve à faire une surenchère de programmation. Parfois, dans un festival, on veut voir 4 ou 5 spectacles dans la journée ; et le soir les gens sont tellement épuisés, si tu leur demandes ce qu’ils ont vu dans la journée, je crois qu’ils ne sont plus capables de dire de quoi ça parlait vraiment. J’exagère un peu, mais pas tant que ça ! Pour moi, le théâtre, le spectacle et l’art plus généralement, c’est une place publique, c’est une agora pour penser : Qu’est ce qu’on a été ? Qu’est ce qu’on est ? Qu’est ce qu’on veut être ? Donc si on ne place pas des moments avec ces discussions là, pour moi ça ne va pas. C’est pour cela que de plus en plus, autour des créations, il y aura des discussions et des thèmes débattus. Parce que moi je travaille aussi, sans le dire, avec des fils conducteurs pour ma programmation, je suis obligé d’en avoir. 

Par exemple, quels sont vos fils conducteurs ?

Cette année, on est sur l’histoire et les révolutions, la jeunesse et les transitions démocratiques, ces questions là. Aujourd’hui on ne peut pas parler de l’immigration si on ne connait pas l’histoire de la colonisation. On ne peut pas parler de transition démocratique pour la liberté dans les différents pays quand on ne connait pas l’histoire.

C’est aussi un moyen de répondre à la question qui est au cœur des Zébrures d’automnes cette année : « Comment le passé peut-il nous amener à penser notre présent pour construire notre avenir ? »

Oui c’est vraiment ça, dans ma culture, on a toujours dit que le futur jaillit du passé. Mais quand on dit le futur jaillit du passé, ça veut dire quoi ? Celui qui le pense, il est dans le présent. Donc le futur a conditionné le présent. Et donc on ne peut que réfléchir sur ce qui nous a amené là aujourd’hui, pour penser là où on veut aller ou pour mieux appréhender notre vivre ensemble. Mais je veux que ce soit aussi et avant tout un lieu de fête et de plaisir.

Visuel : bandeau du festival des Zébrures d’automne ©

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Chloé Hubert

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