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Mille et une notes, une clôture festive au cœur du Limousin

Mille et une notes, une clôture festive au cœur du Limousin

11 août 2020 | PAR Gilles Charlassier

Après notre reportage pour le week-end d’ouverture, nous revenons pour la clôture de Mille et une notes, une oasis musicale au cœur d’un été que la pandémie du coronavirus a rendu bien aride pour les festivals.

La canicule n’a pas découragé les mélomanes, venus trouver une oasis de fraîcheur et de musique dans le Parc du Mazeau, à Saint-Priest Taurion, à une dizaine de kilomètres de Limoges, au bord de la Vienne et d’une ligne de chemin de fer à voie unique où passent quelques autorails – sur la ligne qui va à Eymoutiers et Ussel. En ce samedi 8 août, qui referme une semaine foisonnante de concerts et d’artistes, on a pu s’évader avec les garçons du Quatuor Adam, dont le nom ne fait pas tant référence à l’aïeul biblique que, dans une contraction onomastique familière, à la ville d’Amsterdam, où les quatre Français ont poursuivi leur études et où ils ont formé leur ensemble vocal. Le consort propose un florilège mêlant pages de la Renaissance, parfois un rien grivoises, dans le plus typique esprit rabelaisien, pop anglo-saxonne, spirituals ou encore chansons françaises, le tout avec une maîtrise à l’occasion ludique de la polyphonie. On retiendra, entre autres, l’habileté du bourdon ou des virtuoses translations phonétiques à consonances de contrepèteries dans Boby Lapointe et son irrésistible Ta Katie t’a quitté, sans oublier un complice jeu d’acteurs.

Sur la Scène 1 aux allures de préau difficilement tempéré par l’ombre, à 19 heures, Thibault Cauvin communique son plaisir de retrouver la scène et un public dans un programme tissé avec une belle habileté narrative, où le confort de l’amplification microphonique compense un relatif sacrifice du naturel. L’éblouissante virtuosité du guitariste français invite à une exploration d’un répertoire parfois méconnu, sans oublier des pages plus contemporaines qui conjuguent exigence technique et séduction aussi rythmique que mélodique, à l’exemple de deux études de Leo Breuer, maître cubain de la guitare, aujourd’hui octogénaire. Deux pages inscrites dans Cities, projet d’aventure musicale que Thibault Cauvin a initié, inspiré par les jalons urbains de ses tournées, invitent à un dépaysement sonore, entre les vastes steppes d’Oulan Bator où retentissent les galops mongols des troupes de Gengis Khan, et les raga extatiques de Calcutta, avant, en bis, la pièce que le père du soliste lui avait écrit pour ses treize ans, en réponse à la soif de défis techniques de l’adolescent.
Ce sens de l’osmose avec l’auditoire se retrouve lors du dernier concert donné par Simon Graichy et ses amis. Après un Prélude et fugue de Bach, distillé avec un sens personnel du contrepoint à rebours de toute austérité, dans des textures qui font songer aux relectures romantiques d’un César Franck, les rotations de derviche tourneur de Rana Gorgani accompagnent les accents de la Sérénade de Schubert transcrite par Liszt, tandis que les boucles électroacoustiques et les percussions de  Louis Lacoste accompagnent le Danzon n°2 de Marquez, presque une carte de visite du pianiste franco-mexicano-libanais, avant Timelaps de Nyman, et, en conclusion, une chanson écrite par Clara Ysé pendant le confinement, et par laquelle le pianiste et la chanteuse ont pris contact pendant les deux mois de claustration épidémique. Avec cette édition particulière, Mille et une notes a aussi trouvé de nouvelles pistes pour sortir la musique des clivages usuels, et offrir une authentique expérience de festival au cœur d’un Limousin que les snobismes négligent. Que le courage d’Albin de la Tour et de son équipe porte leurs fruits pour les prochaines années !

Festival Mille et une notes, Saint Priest-Taurion, jusqu’au 8 août 2020
Visuel © Laetitia Larralde

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