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Femmes sur les planches : fatales comédiennes

Femmes sur les planches : fatales comédiennes

08 mars 2013 | PAR La Rédaction

Journée de la femme oblige, toutelaculture donne un coup de projecteurs sur ces comédiennes qui dominent la saison théâtrale à l’affiche de spectacles à distributions intégralement féminines ou dans les grands rôles du répertoire. Des personnalités fortes, du talent et du tempérament au service de personnages de femmes si ce n’est fatales, en tout cas emblématiques, rayonnantes, fédératrices, séductrices et bien vivantes.

Dans Inventaires de Philippe Minyana, repris au Poche-Montparnasse 25 ans après sa création, trois comédiennes impériales, Florence Giorgetti en midinette formidablement malicieuse, Judith Magre, irrésistiblement vacharde et Edith Scob avec sa dinguerie lunaire, racontent leurs souvenirs d’une vie jalonnée d’expériences multiples, de coups de foudre et de blues, d’amours fous, de déceptions de taille, d’hommes qui évidemment occupent le centre de leurs prises de parole sans pour autant tenir le beau rôle. Elles sont drolatiques, magnifiques.

Autre trio gagnant ce début de saison : Chantal Deruaz, Christine Guerdon et Christine Murillo sont les caustiques et affriolantes Pâtissières dans la cocasse pièce de Jean-Marie Piemme aux Déchargeurs.

La comédienne Catherine Hiegel vient de finir un face à face musclé entre femmes puisque dans Whistling Psyche donné à Strasbourg puis au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, elle endossait le veston militaire du célèbre chirurgien James Miranda Barry, en réalité une femme obligée de se travestir tant sa féminité était un fardeau dans le monde de l’armée, et dialoguait avec Florence Nightingale interprétée par Juliette Plumecocq-Mech, faisant, à l’inverse, de son identité sexuelle un combat féministe pour réaliser sa vocation.

Pour décrocher un rôle, il faut bien séduire ? Dans Entrez et fermez la porte, l’auteure Marie Billetdoux devient metteuse en scène. Elle a choisi dix personnages pour sept comédiennes. Sept incroyables lolitas aux profils singulièrement différents, sont toutes reliées par une relation particulière à leur mère, pas là ou trop là au choix. Ces post-adolescentes sont déjà blasées. Quand le réalisateur invisible leur demande « Qu’est-ce que la galanterie ? », l’une répond « de la farine », l’autre « un pâté très fin », encore une « un préservatif ».  Elles sont sexy, jupes mini-mini, normal, l’annonce précisait, semble-t-il, qu’il fallait montrer ses jambes. Face à l’homme invisible, elle n’ont pas d’autre choix que d’être tragiques.

Non plus en troupe mais seules en scènes, les comédiennes interprètent des personnages forts.

La poignante Hélène Vincent est Ita L. Veuve depuis longtemps (son mari Solomon gazé à la Première Guerre est mort des séquelles de cet engagement pour la défense de la France), elle est venue en France pour fuir les pogroms d’Odessa, et a élevé trois enfants aux noms très français, l’aîné, Jacques ayant très vite adopté maints systèmes D pour nourrir la famille. Mais ce dernier a été arrêté et les deux cadets se sont enfuis vers le Sud. Quant aux voisins, après des décennies de bons rapports, ils ont demandé à Ita de ne plus les aborder… Quand la pièce commence, la valise est prête, le manteau d’astrakan avec l’étoile jaune également. La police est déjà passée une fois et lui a donné une heure pour se préparer. La vieille dame n’a pas le courage de s’enfuir et a juste le temps de se remémorer tout le fil de sa modeste vie avant de partir pour le deuxième et dernier voyage en train qu’elle ait jamais fait

Au théâtre de l’Atelier, Alexandra Lamy joue une femme de pouvoir et de séduction dans La Vénus et le Phacochère. Tour à tour canaille, sensuelle et bouleversante, Alexandra Lamy incarne entre autres personnages la resplendissante pianiste Misia, égérie du Tout-Paris de la Belle Epoque, modèle de Lautrec, Vuillard et Renoircette et retrace à travers elle la vie mondaine dans une Belle époque spirituelle et misogyne.

La Cantatrice Anna Caterina Antonacci interprétera seule sur scène ce mois-ci à l’Opéra Comique la femme amoureuse et malheureuse accrochée à son téléphone dans  le célèbre monologue de La Voix humaine de Cocteau mis en musique par Poulenc.

Au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, Céline Samie et Jennifer Decker seront en alternance Shauba, une réfugiée qui raconte son odyssée au cours d’un long monologue à la poésie abrupte, intitulé Lampedusa. Avant de sombrer au fond de la mer, elle trouve la force d’interpeller les dirigeants de ce monde – qu’ils soient européens ou africains – et de leur demander de faire face à leurs responsabilités face à la tragédie qu’elle personnifie.

Enfin, à la recherche de la femme fatale et creuveuse de plateau, Adeline d’Hermy est le talent à suivre, la jeune femme a intégré la Comédie Française mais c’est dans Solness le constructeur, dans la mise en scène d’Alain Françon qu’elle explose. Elle rend fou le vieillissant Solness en étant un oiseau virevoltant qui passe partout sous les tables et sur les fauteuils. Elle est une  espiègle ingénue, femme enfant devenant au fils des actes totalement fatale. Elle va demander l’impossible à Solness, mais « l’impossible nous attire et nous appelle » dit-il à la jeune femme.  Voilà que la demande de la belle rousse devient un révélateur de l’introspection coupable de Solness, elle le mène à sa perte en ne faisant qu’une chose : mettre sa culpabilité à vif.

 


Femme fatale et sadomasochisme (soviétique)
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La Rédaction

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