Cinema

Femme fatale et sadomasochisme (soviétique)

08 mars 2013 | PAR Romeo Fratti

En cette journée “fatale” de la femme, si l’on vous dit Xenia Onatopp, à qui pensez-vous hormis éventuellement une jeune femme libidinalement signifiante, un peu caucasienne sur les bords ? Nous n’aurons qu’un seul indice : Goldeneye…mais c’est bien sûr !

De nationalité géorgienne (bel et bien caucasienne pour le coup), ancienne militaire soviétique engagée dans l’organisation criminelle Janus, tueuse sadomaso et ennemie de l’agent 007, Xenia Sergeyevna Onatopp, campée par l’actrice néerlandaise Famke Janssen, est bien avant tout cela une femme “multiplement” fatale.

Jetons un œil sur la définition wiktionnairienne de la « femme fatale » : « Femme attirante et séduisante, mais dangereuse et qui provoque la perdition des hommes qui tombent amoureux d’elle ».

« Attirante et séduisante » Xenia Onatopp ? Assurément, elle a tout pour faire fondre ces messieurs comme du beurre dans une poêle. Une crinière où l’on se perd, un regard à faire tomber Dieu de son cheval, accentué (le regard, pas Dieu ni le cheval) par de longs sourcils gracieux, des lèvres qui semblent avoir été dessinées par Michel-Ange et puis franchement, comme dirait Molière, « couvrez ce sein que je ne saurais voir (…) cela fait venir de coupables pensées. »

Mais attention, danger : cette femme use et abuse de son pouvoir de séduction pour détruire autrui à sa grande satisfaction…sexuelle. Qu’on en juge : une séquence du film montre notre Xenia préférée prenant son pied jusqu’à l’orgasme alors qu’elle suffoque mortellement un amiral. Lorsqu’elle assassine à la mitraillette les membres de l’équipe de la station spatiale de Severnaya, Onatopp arbore cette fois un sourire à faire fuir Terminator – à cheval ou à pied, peu importe – et pousse des gémissements significatifs. Il s’en faut de peu que James Bond lui-même ne soit à deux reprises exécuté « lentement sous son regard », selon les mots de Baudelaire.

C’est d’ailleurs au cours de leur premier corps-à-corps dans un sauna que l’on en apprend un peu plus sur les goûts sexuels de Xenia : pris en tenaille par ses cuisses – l’arme fatale – Bond tente de se défaire de son adversaire en la cognant violemment contre une paroi. Résultat fâcheux : « Oui!…Oui!…».

La beauté indéniablement féminine de Xenia Onatopp dissimule mal une cruauté, ainsi qu’une subversivité sexuelle en parfait contraste avec la représentation culturelle occidentale de la féminité. Et en ce sens, l’inassouvissable appétit sexuel de destruction – et d’autodestruction – de cette sinistre personne constitue bel et bien une figuration de tout ce que la femme fatale a de plus inquiétant et redoutable.

Selon notre imaginaire collectif séculaire, la féminité associe le charme et le raffinement du corps à la tendresse, la délicatesse et l’empathie du comportement. La “féminité dangereuse” de la femme fatale repose sur la contradiction entre fulgurance de la beauté et perversité du comportement, une perversité vouée à instaurer une liaison sexuelle déséquilibrée, une relation de domination dont l’issue finale ne peut être que la perte du dominant et/ou du dominé.

Il ne fait aucun doute que notre goût des représentations artistiques de la femme fatale nous vient de notre fascination pour la décadence des mœurs, pour tout ce qui vient déranger la bienséance de notre civilisation. Mais finalement, mieux vaut peut-être – pour des raisons de santé publique – que la véritable femme fatale demeure un fantasme…

Roméo Fratti

Dame nature, la reine des femmes fatales.
Femmes sur les planches : fatales comédiennes
Romeo Fratti

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