Spectacles
Faire passer des histoires : le théâtre de Judith Depaule

Faire passer des histoires : le théâtre de Judith Depaule

17 mars 2022 | PAR Thomas Cepitelli

Au mois de mars, Judith Depaule occupe la Maison des Métallos  avec son projet On tricote nos histoires broderie et tricot en groupes, interventions artistiques, balades augmentées dans Belleville l’accueillante et débats. Et elle reprend en quatre volets son spectacle Je passe une forme chorale et documentaire sur l’exil, l’art et l’accueil. Essentiel. 

Le dispositif scénique est simple : sept îlots de neuf chaises sont disposés en rectangle dans une salle. La metteuse en scène et activiste nous accueille, nous invite à nous asseoir. Dans le public qui s’installe, chacune et chacun se salue entre gêne, timidité et plaisir. Puis sept jeunes comédien-ne-s vêtu-e-s comme vous et moi arrivent et se placent dans l’un des sept îlots tenant à la main un iPad et une petite enceinte portative. Voilà pour la scénographie, les costumes et les accessoires. Tout paraît bien éloigné de ce que l’on attend habituellement du théâtre. 

Du théâtre avant toute chose 

Sur ces iPads, en portrait serré, portés comme des icônes précieuses, l’on voit des hommes et des femmes qui nous regardent fixement. Ce sont les artistes accueilli-e-s par l’atelier des artistes en exil que Judith Depaule dirige. Ils et elles viennent du Congo-Brazaville, de Côte d’Ivoire, du Mynmar, d’Ukraine, du Pakistan, du Yémen, fuyant les guerres, les menaces de mort pour engagement politique, l’homophobie…en un mot les violences du monde. Ils et elles nous regardent en silence, larmes aux yeux ou sourire aux lèvres (de ceux et celles revenu-e-s de tout) mais ce sont les comédien-ne-s qui nous disent leur histoire en disant « Je ». Et par ce simple pronom personnel c’est un silence qui se brise, une histoire qui se dit et au fond, le théâtre qui naît. 

Dire, montrer, écouter 

Le dispositif est tel que lorsque les comédien-ne-s parlent une sorte de brouhaha s’installe. Un bruit de fond bien étrange et il nous faut tendre l’oreille pour écouter ce qui nous est dit. Ce serait fort mal connaître le travail exigeant de Judith Depaule que de penser que ceci est fortuit. Elle nous force non pas à écouter mais à entendre et ce faisant fait de nous une audience active propice à tendre l’oreille vers ce bruit du monde tel qui ne va pas mais aussi dire la solidarité, l’entraide, la sonorité, la fraternité. Il en ira  d’une même attention pour les images qui suivront le témoignage proprement dit. On y voit les artistes au travail : peindre, photographier, dessiner, dire un texte, danser. Leurs médiums artistiques sont divers, comme leur parcours, leur âge, leur origine. Mais ils et elles ont un point commun : faire art est un geste politique, sensible, essentiel et en un mot vital.

A la toute fin de cette forme bouleversante, le mot n’est pas trop fort, Cleve Nitumbi, accueilli par l’atelier des artistes en exil, occupe de sa danse tout l’espace. Ses gestes sont saccadés, se nourrissant du coupé-décalé, presque violents. Ils disent l’éloignement et le rapprochement, la solitude et le groupe. Ils ouvrent une échappée, des possibles, des liens. 

 

Je passe (volets 1 à 4) jusqu’au dimanche 20 mars le programme complet 

Visuel :© autorisation de la Maison des Métallos

 

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Thomas Cepitelli

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