Danse
The Collection d’Alessandro Sciarroni : that’s all folk’s!

The Collection d’Alessandro Sciarroni : that’s all folk’s!

29 septembre 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Attention, surdose de beauté et de talent en vue au Festival d’Automne ! Le maître de la danse répétitive a transmis aux virtuoses interprètes du Ballet de Lyon son FOLK-S, will you still love me tomorrow? La réponse est oui, pour toujours, Alessandro !

Désormais, la pièce s’appelle The Collection. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir aux fondations. En 2013 arrive aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis cette pièce qui va devenir une référence de la danse contemporaine du XXIe siècle. Mais à ce moment-là, personne ne connaît rien de celui qui deviendra un incontournable du mouvement répétitif. Depuis sa création en 2012 en Italie, la pièce a tourné dans le monde entier et, au fur et à mesure, s’est parée de nouveaux motifs. Aujourd’hui, le chorégraphe a rassemblé ces éléments de grammaire pour transformer ce qui était un jeu, un jeu terrible, en une pièce très écrite à la beauté époustouflante.

Dans la version d’origine, le groupe de six danseurs devait interpréter « une phrase chorégraphique dynamique issue du folklore » tyrolien. À sa création, la notion de durée illimitée était réelle. La pièce s’arrêtait faute de combattants. Soit quand les danseurs avaient abandonné, soit quand le public était complètement parti.

Dans sa version institutionnelle pour le Ballet de Lyon, l’aléatoire n’est pas absent mais il est plus factice. La pièce a une durée d’environ une heure et demie, elle peut s’arrêter au bout d’une heure vingt comme d’une heure quarante. Cela n’est pas regrettable. FOLK-S était une performance, un marathon délicieusement sadique. Aujourd’hui, The Collection ausculte ce que la répétition d’une phrase chorégraphique produit sur elle-même.

Ils et elles répètent leurs phrases, le groupe arme les bras à l’horizontal, pour lancer la séquence. Puis les pas militaires entrent en jeu et ensuite, ça claque. Leurs mains sur leurs cuisses et leur poitrine, puis, à un rythme effréné, sur leurs chevilles à l’avant et à l’arrière du corps.

La musique et la lumière dans cette version apportent une dose de violence mélancolique à l’affaire. Le groupe s’empare de la danse traditionnelle du Schuhplattler sur des nappes, des vrombissements, et, si vous restez un peu, de la techno ou même des slows.

À ce jeu obsessionnel, le ballet excelle. Eux sont les rois et reines de la précision et sont époustouflants de régularité et de cohérence. Les changements de tempos et de gestes sont infimes (taper dans les mains de son voisin ou de sa voisine plutôt que sur ses propres cuisses par exemple), mais pour être justes, ils doivent être faits à l’unisson.

Plus ça avance, plus le groupe s’écoute. Il est flagrant que tout n’est pas écrit. Ils dépassent, disloquent, déconstruisent. Les cercles deviennent des lignes, l’extérieur devient l’intérieur. C’est beau à se damner et, passé un bon bout de temps, cela devient grisant et drôle.

De façon étonnante, le public craque pas mal, par grappes de dix, mais rien à faire, il reste solide face aux danseurs qui, hier soir, ont fini en pas de deux, presque amoureux. Classique finalement !

Allez-y, la pièce se donnait seulement trois jours. À voir ce soir à 19h30 ou vendredi à 21h. Il reste de la place sur le site du 104.

Au Centquatre, 5 rue Curial, 75019, Paris

 

Visuel : ©Marc Domage

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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