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Dans la forêt profonde du MAIF Social Club

Dans la forêt profonde du MAIF Social Club

29 septembre 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Cette saison, le MAIF Social Club expose de l’automne à l’été autour d’un thème brûlant : Le chant des forêts. Une exposition immersive qui nous ordonne de prendre le temps d’écouter ce que les arbres ont à nous dire.

En interview il y a quelques mois, Florent Héridel – qui vient de succéder à Chloé Tournier en tant que responsable de la programmation du MAIF Social Club- nous racontait le pourquoi de cette programmation : « d’une part, c’est un thème qui est très large, que l’on peut aborder d’une manière poétique, scientifique, politique, sociale… Le chant des forêts sera un hommage à ce bel écosystème qui se nourrit seul, à ces racines qui permettent aux arbres de se parler les uns avec les autres, de communiquer sur la venue d’un prédateur, de s’échanger des nutriments, ce genre de choses. Le principe de la canopée est un écosystème en soi, la manière dont la lumière permet aux arbres de pousser de manière différente. Mais au-delà de cet aspect écosystème et biologique, il y a la part symbolique de la forêt, celle des contes : Le Petit Chaperon Rouge, le loup, la sorcière… Dans la continuité de cette figure de la sorcière, nous posons la question de la forêt comme cachette. Les personnes recluses, le bois de tous les résistants. La forêt est un endroit où on se cache quand on est une personne exclue de la société, par exemple les SDF et les prostituées. Puis évidemment, nous mettrons en évidence la déforestation afin de parler des peuples autochtones qui luttent pour la sauvegarde de leur culture, puisque leur culture fait partie de la forêt. En miroir, nous essaierons d’agréger des outils nous permettant de limiter notre impact sur la déforestation à travers notre consommation ».

Et nous voici à présent prêt à entrer dans « Le chant des forêts, l’écho d’un monde qui pousse ». Comme à son habitude, le MAIF Social Club associe un commissaire à un scénographe. En l’occurrence, Lauranne Germond au commissariat et Benjamin Gabrié à la scénographie. L’objectif de cette immersion est de « mettre en dialogue les voix qui habitent la forêt » car elles sont nombreuses et pas aussi évidentes qu’on pourrait le croire. Onze artistes sont rassemblés en cinq sections : forêt vivante, forêt enchantée, forêt des luttes, soigner la forêt et agir au quotidien contre la déforestation.

Ne vous attendez pas à entrer dans une vraie forêt, ce n’est pas l’idée. Ici, les œuvres sont là pour nous faire réfléchir ou nous faire réagir. On commence par Carbon Catcher, une grande photographie de Thierry Cohen qui nous plonge dans le cœur de la forêt de Bialowieza en Pologne. L’image est terrifiante, elle nous impose de ne pas approcher trop près. D’entrée de jeu, cette image semble hurler : respecte-moi! Et très vite, la photo sort d’elle-même puisque Fernand Deroussen a créé, spécialement pour l’exposition, une captation sonore des oiseaux présents dans le secteur où Thierry Cohen a pris sa photographie.

Le chant des forêts s’amuse des matières et des grandes illusions. Par exemple, Songe d’hiver de Florian Mermin représente une araignée monumentale, faite en rebuts de sapins de Noël. Pour rappel, 6 millions de sapins sont coupés à l’occasion de la plus grande fête religieuse de la chrétienté. L’œuvre révèle l’attirance et le rejet propres à la vision de cet arbre et de cet insecte. Plus loin, le collectif Fibra nous fait pénétrer dans une installation sonore très immersive. 28 haut-parleurs nous attendent. Ce sont des sculptures en cosses de maïs et son de blé inoculé avec du mycélium de Ganoderma Lucidum et des pleurotes. La sensation est celle d’entrer dans un conte des frères Grimm, là encore, la terreur pointe face aux massacres de l’agriculture et des activités humaines en général. Pour rappel, la forêt a perdu en deux décennies près de 100 millions d’hectares sur la planète.

Comme on le sait, le MAIF Social Club n’est jamais avare ni d’idée, ni de beauté. L’un de nos plus grands coups de cœur porte sur les trois toiles psychédéliques et coulantes de Romain Bernini, « Him », »Him III » et « Him IV » sont de grandes huiles sur toile qui auraient pris pas mal de drogues. Et étonnamment, nous sommes également très séduits par la forêt de plumes de Thierry Boutonnier qui donne à voir…un tas de nuggets, c’est-à-dire des aliments catastrophiques du point de vue écologique.

En résumé, le MAIF Social Club s’empare une nouvelle fois, sans snobisme et avec beaucoup d’intelligence? d’un sujet qui intéresse tout le monde, mais que personne ne connaît vraiment !

A noter, pour la première fois, le MAIF Social Club s’associe à la boîte à histoires de Lunii pour offrir aux enfants dès 3 ans une expérience très enveloppante !

Le chant des forêts du 1er octobre 2022 au 22 juillet 2023. Entrée libre.

Visuel : ©Thierry Cohen

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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