Danse

Skinned de Mirjam Gurtner aux TANZTAGE BERLIN 2019

Skinned de Mirjam Gurtner aux TANZTAGE BERLIN 2019

12 janvier 2019 | PAR Nicolas Chaplain

Exigence, découverte et diversité définissent bien les choix artistiques du Festival de danse contemporaine TANZTAGE BERLIN qui propose aux Sophiensaele du 9 au 19 janvier des spectacles, des lectures-performances et des rencontres. De jeunes artistes dont la majorité sont des femmes constituent la programmation de cette 28e édition. Le soir de l’ouverture, Mirjam Gurtner présentait sa pièce Skinned.

Le festival TANZTAGE BERLIN n’est pas un festival de têtes d’affiche et très diverses sont les propositions : hip hop, acrobatie, danse conceptuelle, danse du monde… Les Sophiensaele sont un lieu de production et de représentations pour le théâtre indépendant situé dans le centre de Berlin dans des bâtiments industriels anciennement occupés par des artisans. C’est aussi le lieu dans lequel créait Sasha Waltz dans les années 90.

La jeune danseuse et chorégraphe Mirjam Gurtner se forme et travaille à Bâle, Vienne (opéra) et Londres. Skinned est une courte pièce donnée au plus près du public. Les spectateurs sont assis par terre dans un dispositif tri-frontal autour d’un espace rectangulaire. Les trois danseuses et le danseur passent au milieu des spectateurs, les frôle ou les bouscule pour entrer et sortir de cet espace. Le travail chorégraphique et dramaturgique s’articule autour des notions de lâcher-prise et vulnérabilité. Les interprètes sont amenés à ne pas contrôler leur propre corps, ni le résultat de cette performance. Ainsi, chacun semble libre d’improviser, de construire une série de mouvements seul ou à plusieurs, d’intervenir et de bouleverser le geste d’un autre.

Le mouvement initial est la chute. Chacun (seul ou en couple) tombe une fois puis se relève et reproduit répétitivement ce geste vertical qui le mène au sol plus ou moins violemment, plus ou moins rapidement. Plus tard, ils courent dans cet espace délimité par la présence du public puis dans toute la salle. Ils s’effleurent, s’attrapent, se percutent. Les corps s’agglomèrent au sol. Munie d’une perche et d’un micro, une technicienne enregistre en direct les respirations des danseurs, un reniflement, une déglutition, les froissements des vêtements, le bruit des pieds qui frappent le sol, les corps qui craquent et claquent. Ces sons amplifiés et transformés deviennent la bande sonore du spectacle.

Skinned est un objet aride ou rugueux mais puissant. La recherche que mènent ces interprètes les conduit à un jeu où la corporalité et la sensibilité sont exacerbées, la brutalité et les étreintes non feintes. Il y a un aspect ludique dans le rapport intime construit avec le public et aussi dans les attitudes et les dégaines des danseurs pieds nus et vêtus de bermudas colorés.

Ce jeu est aussi cruel ou sadique. L’épuisement physique apparait. En posant sa main sur la bouche d’un autre, l’un ou l’une empêche l’autre qui danse de respirer. Les mouvements se font plus nerveux et saccadés. Skinned est une pièce expérimentale, parfois flottante ou répétitive mais qui témoigne d’une exploration originale dont le résultat n’est en rien formaté et ne donne aucune impression de déjà-vu.

© Gerhardt-F. Ludwig

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