Danse

Deepspace de James Batchelor : explorer et danser

Deepspace de James Batchelor : explorer et danser

05 septembre 2019 | PAR Nicolas Chaplain

C’est dans l’église Sainte Elisabeth, Invalidenstraße dans le centre-ville de Berlin, que le festival Tanz im August a choisi de programmer la pièce Deepspace de James Batchelor interprétée par le chorégraphe lui-même et Chloe Chignell. La proposition personnelle et originale du jeune artiste australien convoque les spectateurs aux réminiscences d’un voyage en Antarctique et invite à la contemplation, au lâcher-prise, à l’exploration d’un espace inconnu et de soi-même.

En 2016, James Batchelor a navigué pendant deux mois à bord d’un navire qui mena une équipe de scientifiques et de chercheurs dans les îles Heard et McDonald. C’est le souvenir de sensations vécues sur le bateau – les efforts pour rester stable, le balancement du corps, la solitude, le silence, l’ennui certainement, la patience du voyageur – qui ont nourri le langage chorégraphique. Les mouvements légers, lents et répétitifs sont la transcription du temps qui passe, de la vulnérabilité des corps ballotés et embarqués par la houle. Les corps des danseurs sont chargés des superficies immenses du continent blanc et des océans qui l’entourent.  Les plateformes blanches avec lesquelles dansent les deux performeurs sont sans doute la métaphore de ces banquises et glaciers vues au cours de l’expédition.

Plus largement, Deepspace propose une réflexion métaphysique sur le grand et l’infinitésimal, sur la place et le poids de l’homme dans la nature. James Batchelor et Chloe Chignell se déplacent dans l’espace et invitent le public, debout, à lui-aussi se mettre en mouvement, à se déplacer pour les suivre, pour traverser, explorer l’espace, à s’adapter face à l’environnement, aux situations du présent. Le chorégraphe excite la curiosité et la disponibilité des spectateurs en leur proposant des images et des signes : deux boules en fer que les performeurs tiennent à la main ou à bout de bras, un ballon gonflé – une planète, la lune, le globe terrestre ? –  qu’elle promène contre les murs et sur le corps de son partenaire.

La nudité et la sobriété du lieu sont un cadre idéal à la délicatesse et à la poésie de Deepspace. Un toit de verre – l’église a perdu sa toiture en 1945 à la suite de bombardements aériens britanniques –   et de hautes fenêtres laissent passer la lumière naturelle du soir et quand vient la nuit, un seul projecteur éclaire les danseurs d’un halo de lumière jaune, chaude et réconfortante qui se reflète dans un bout de miroir cassé que tient le danseur. Les deux interprètes torses nus semblent décrypter ce que dit une poignée de petites perles qu’il a d’abord fait rouler sur son dos avant de les laisser tomber de manière aléatoire sur le sol.

Deepspace est une pièce intime inspirante. Conceptuelle et réflexive, elle est aussi mystérieuse et sensible. Morgan Hickinbotham accompagne le duo avec une musique électro planante qu’il compose et diffuse en live.

Photo : Dajana Lothert

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