Danse
Se méfier des eaux qui dorment: Yvann Alexandre et sa relecture du Lac des cygnes.

Se méfier des eaux qui dorment: Yvann Alexandre et sa relecture du Lac des cygnes.

16 janvier 2021 | PAR Lalouchi Naoual

Ce jeudi 14 janvier 2021, quelques chanceux journalistes ont pu découvrir la nouvelle création de Yvann Alexandre. Durant 60min, Se méfier des eaux qui dorment nous transporte et nous fait voyager. La sensibilité, l’ambiguïté et la beauté des corps sont au cœur de cette nouvelle lecture du célèbre Lac des cygnes.

La scène du Théâtre de la Cité internationale est plongée dans le noir. Petit à petit la création lumière d’Olivier Blouin nous dévoile huit corps. Huit interprètes, debout, parés de robes noires. Des corps qui se mettent à bouger en suivant le rythme d’une musique qui se fait de plus en plus forte et intrigante. Une scène épurée, un décor sobre et sombre. De même pour les costumes , dotés d’une grande sobriété. Tous les danseurs sont mis sur un pied d’égalité. Il y a deux femmes parmi les huit interprètes. En revanche, elles ne se démarquent pas du groupe. La question du genre n’existe pas. Hommes et femmes arborent de simples robes noires. Puis au fur et à mesure, on découvre la peau, la chair. Un décolleté du dos. Des torses nus. La beauté des corps purs. Quelques paillettes scintillent sur leurs pieds. 

Un jeu sur les axes et les directions 

Contrairement au ballet classique, ici les cygnes ne dansent pas en alignement. Chaque corps a sa propre trajectoire, direction et orientation. Pourtant les mouvements sont mimétiques. Ils sont coordonnés et harmonieux. Tout l’espace est envahit. Ils évoluent et se déplacent en groupe mais chacun de leurs cotés. Ce mélange entre une coordination de mouvements et le choix de diverses trajectoires et directions donnent de l’ambiguïté à la création. Le spectateur se questionne sans cesse. On ne sait pas ce qui viendra après. Une ambiance surprenante et intrigante envahit la scène.   

La clarté des mouvements 

Souvent les corps sont statiques sur scène et laissent s’exprimer un solo ou un duo. Des corps debout contre du mouvement. Deux contrastes qui s’épousent ici encore une fois. Avec un changement de rythme qui se veut omniprésent. On découvre les cygnes au travers de la virtuosité des mouvements de bras. D’une grande précision, ils sont souvent coordonnés entre tous les interprètes.  Mais aussi de petits pas qui rappellent le ballet classique.

Une incroyable création musicale 

La musique est une part importante de cette création. Elle nous questionne, nous intrigue, nous fait vivre diverses émotions. En passant de la nature, au son de rituel à Tchaïkovsky, le spectateur est envoûté par les corps qui déambulent. Les cygnes ne sont plus ceux du ballet classique. Bien qu’ils s’y rattachent beaucoup. Cette réécriture est bouleversante et magique à la fois. La création musicale de Jérémie Morizeau est envoûtante. Elle nous fait valser. Constituée des collections sonores du Musée d’Ethnographie de Genève (MEG), elle expose le cygne sous son image première. Un corps qui appartient à la nature. En lien avec la forêt et les rites de chamans. Elle dévoile des voix qui font resplendir les corps à travers différents rythmes.

En effet le mariage avec Tchaïkovsky Swan Lake de Pyotr Ilych et USSR State Academic Symphony Orchestra de Sveltanov nous transporte dans un beau voyage. On passe de la sensibilité du classique à l’expression de la nature. Et parfois même, juste au corps qui s’exprime au travers de leur respiration. Et puis, tout à coup la troupe se retrouve statique sur scène laissant place à un solo. Un homme, en robe qui laisse parler son corps. Puis, il tombe et les sept autres danseurs tombent aussi. C’est la fin. Les applaudissements envahissent la salle. 

Se méfier des eaux qui dorment nous émeut et nous transporte. Par ailleurs, le festival Faits d’Hiver 2021 devait célébrer son ouverture avec cette création d’Yvann Alexandre. Mais, suite à l’annulation du festival de danse et au vu des conditions sanitaires actuelles, cette création n’est pas accessible au public pour le moment. En revanche, il est possible de s’offrir une immersion dans le travail du chorégraphe. C’est ainsi qu’Yvann Alexandre vous propose de découvrir Sous les flots, un documentaire réalisé par Tom Toulemonde. Et c’est accessible juste ici. 

Visuel : ©F. Clemente 

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Lalouchi Naoual

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