Danse
Linehan cède à la facilité à Faits d’Hiver

Linehan cède à la facilité à Faits d’Hiver

07 février 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est donc la dernière semaine pour le festival de danse Faits d’Hiver, et l’on se réjouissait de retrouver le chorégraphe et danseur américain Daniel Linehan pour sa nouvelle création, Sspeciess qui s’avère être un ersatz de caricatures de pièces contemporaines.

Surtout, il ne faut pas jeter Linehan avec l’eau écolo teintée de Sspeciess. Danseur charismatique, il se racontait en novembre 2019 dans Body of works.  Nous découvrons ses vrilles il y a six ans dans Not About Everything, puis ses lignes dans son Sacre à l’Opéra de Lille puis au festival de danse June Events. Au Centre Pompidou Dbddbb et donc Flood, encore récemment, étaient des questionnements sur la répétition, la voix et le souffle. Formé chez PARTS, sa quête est toujours, normalement plus axée sur le sens que sur la beauté.

Nous avons été si souvent subjugués par la radicalité, l’exigence et le pointu des propositions de cet artiste que nous restons bouche bée devant le vide que laisse Sspeciess.  Parlons rapidement puisqu’il faut. Le début est plutôt juste, même si il est moins puissant que dans toutes les pièces précédentes. Des cônes de chantier à bandes réfléchissantes deviennent les phares invisibles, porteurs du souffle des danseurs par encore sur scène. Ils tournent tel des gyrophares, dans le geste iconique de Linehan.

Gorka Gurrutxaga Arruti, Anneleen Keppens, Daniel Linehan,Victor Pérez Armero,Michael Schmid et Louise Tanoto vont évoluer dans un décor fait de portants métalliques, très inspirés, en version cheap, des œuvres de Gehry. Les références à l’art contemporain sont d’ailleurs nombreuses, néons à la Morellet, vêtements à la Annette Messager, mais tout est survolé. 

L’intention est bonne, comme par exemple ce précipité lent de lumière au début, mais qui est trop livré par à-coups pour être enveloppant, tout comme ces tentatives d’agrégats de corps qui auraient pu être justes.  Il y a une accumulation de tentations et le non choix amène à l’ennui. Si Linehan travaille souvent avec la voix qu’il perçoit comme un muscle, ici, il nous donne à entendre un texte lu  par l’une des danseuses avec vanité et vacuité.  

On la désagréable sensation d’assister à un work in progress, cela vaut par les lumières si peu engagées quand le spectacle avance et par une grammaire corporelle trop en surface.  Cela est lié également aux costumes aux motifs animaliers très adolescents (ne vous fiez pas à la photo qui illustre ce papier),  que les danseurs portent.

Il reste des moments où nous retrouvons le talent de ce chorégraphe, notamment sur les jeux d’accrochage avec la structure. Cela ne suffit pas.  A oublier vite donc.

 

 

Du 6 au 7 février au Théâtre de la Cité Internationale

Photo : © Dyod.be 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

2 thoughts on “Linehan cède à la facilité à Faits d’Hiver”

Commentaire(s)

  • Un internaute étonné

    Chère Madame,

    je ne saurais remettre en doute vos connaissances en la matière et ni votre érudition certaine en histoire de l’art et du spectacle vivant mais pourquoi emprunter une telle forme dans votre écriture ? On peut critiquer certes, mais pourquoi tant de mépris ? Pourquoi tant d’irrespect vis à vis du travail de ces artistes ? Et qu’est-ce que nous apporte, à nous lecteur.trices de ce site, un tel texte si ce n’est le témoignage d’une ame profondément en peine et apathique ? Ou peut-être étiez vous simplement peu réceptive ce soir là ? Il faut dire que le caractère méditatif de cette pièce requiert une certaine disponibilité et attention mais avec le contexte qui est le votre, je ne peux croire que le souci provienne de là. Alors comment expliquer une telle forme ?

    Si je prends le temps de vous écrire ici, c’est parce que j’ai aussi eu la chance de voir ce travall de Daniel Linehan. Je dis « chance » car la salle était comble et la liste d’attente pour y entrer tout autant. J’y ai vu autre chose, bien plus inspirant et émouvant que ce que vous racontez mais là n’est pas la question. Non, ce qui me pousse aujourd’hui à vous écrire, c’est qu’à travers votre texte, je me suis senti insulté. Et cette conclusion « A oublier vite donc », étiez-vous vraiment obligée d’aller jusque là ? A quoi peut donc bien servir une telle injonction si ce n’est à blesser les artistes et celles et ceux qui ont pu être ému.es par leur proposition ?

    Bien à vous,

    février 11, 2020 at 15 h 35 min
    • Bonjour
      Merci pour votre lecture attentive. Contrairement à ce que vous pensez,les artistes savent qu’ils doivent se prêter au jeu de la critique.
      Sur cette pièce vide, j’ai essentiellement chercher à saluer la belle carrière de Daniel Linehan dont je connais parfaitement le travail. Oublier cette oeuvre qui est une collecte d’emprunt et se concentrer sur les chefs-d’œuvres précédents.
      Il n’y a aucune injonction, je fais juste mon travail, dire à mon lectorat que ce spectacle est une rupture dans le parcours de ce danseur et chorégraphe que j’ai tant soutenu. Je veux y voir une erreur de parcours justement et pas un tournant. Voici l’objet de mon papier, qui je trouve , est très clair sur mes intentions.

      février 11, 2020 at 18 h 54 min

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