Actu
« A D-N », de Régine Chopinot : quand danse et méditation ne font plus qu’un

« A D-N », de Régine Chopinot : quand danse et méditation ne font plus qu’un

22 janvier 2021 | PAR Manon Bonnenfant

Censée être présentée au public de la Maison de la Culture de Seine Saint-Denis à Bobigny du 20 au 24 janvier 2021, la nouvelle création de Régine Chopinot « A D-N » aura finalement été annulée… sauf pour quelques chanceux entre hier et demain. Sa création sera toutefois à retrouver pour le grand public – on l’espère très fort – le 19 juin prochain, à l’occasion de leur tournée au Festival Uzès Danse.

Le silence côtoie les vibrations musicales

Ce qui surprend tout de suite, une fois les trois danseuses sur scène – c’est ce calme. Assourdissant. Mais pas de quelques secondes, non. Un silence se répand tandis que Régine Chopinot, Phia Ménard et Prunelle Bry s’installent sur une petite estrade. Chacune est à la même hauteur, malgré leurs différences de taille. Une installation donc rapide, sans aucun bruit, sauf peut-être celui du silence qui empoigne ensuite le public. Un silence qui semble durer… deux minutes ? Trois ? Cinq ? Plus ? Qu’à cela ne tienne, on est invités à soutenir le regard des danseuses, main dans la main, se tenant bien droites. Impassibles. Voici donc les prémisses d’une invitation à la méditation, ce qui est l’âme d’A D-N : un hommage à Alexandra David-Néel, une amazone ayant voyagée et séjournée dans les régions les plus reculées du Tibet. Puis, les premières notes de musique retentissent. Nico Morcillo se tient assis, légèrement sur un côté de la scène, guitare électrique à la main, ampli aux pieds. Avec sa mélodie envoûtante débute la pleine entrée dans cette œuvre mêlant danse et méditation.

Une ode au mouvement

Les danseuses remplissent aussitôt à elles trois toute la scène, chacune à un opposé, mais pas question d’être statiques. Marcher, sans but précis, juste suivre où mènent ses pas. Puis courir, là non plus sans but précis, courir en avant, à reculons, en cercles, comme le faisait Alexandra David-Néel. Puis se coucher sur le sol, ramper, le corps attiré par la gravité terrestre. Les pas et chassés alternent entre extrême délicatesse sur le bout des orteils et massifs, primitifs, bruyants (pour le coup). La silhouette en particulier de la chorégraphe Régine Chopinot (habillée tout en noir) se découpe sur la toile centrale dressée blanche. Elle enchaîne dans un désordre le plus humain des gestes, mouvements, ressemblant tantôt à un flamand rose bancal, tantôt à un aigle majestueux. Ces gestes ne sont toutefois pas n’importe lesquels, ce sont ceux relatifs à la méditation tibétaine – un dérivé du bouddhisme – dont le but est de suspendre le temps autour de soi au point que le corps redevient (à) la nature.

Un retour à soi-même

Les mouvements sont fluides et désarticulés à la fois, méticuleusement décortiqués, comme si le corps était revenu à son état initial, avant même l’embryon. Lents au départ, puis la rapidité monte crescendo. Un corps porté par les mouvements de la nature et du « moi » intérieur, car c’est cela qu’est la méditation : une reconnexion avec la nature qui nous entoure, mais aussi et surtout avec nous-mêmes, avec notre constitution génétique. Parfois, des gestes sont si discrets et décomposés qu’on ne remarque que tardivement lorsqu’une danseuse est passée d’un point A à un point B. Un des temps forts à retenir sera lorsque Phia Ménard passe de la marche à la course, une course folle nous faisant penser à celle d’un cheval de Riwoché (race sauvage tibétaine) alors que Régine Chopinot et Prunelle Bry sont étendues au sol. Phia saute par-dessus elles, comme le ferait un cheval face à un obstacle. L’état ultime méditatif est peut-être celui lorsqu’on ne fait plus qu’un avec ce pourquoi on a cherché à se reconnecter. Et c’était beau, quoique légèrement surprenant sur le moment.

La mise en scène de Sallahdyn Khatir est également à saluer : sobre, mais percutante, elle souligne avec justesse l’état méditatif dans lequel sont plongées les trois artistes. Trois, un chiffre symbolique qui n’a pas été choisi au hasard puisque les danseuses incarnent un paysage mental, un mouvement, un déplacement singulier, un tableau méditatif. Chacune est complémentaire de l’autre. Assemblez les trois ensemble et admirez le résultat : un véritable ADN (re)constitué.

A découvrir le 19 juin prochain, au Festival Uzès Danse.

Visuel : ADN©Vincent Lappartient

Blanc autour de Wilfrid Lupano et Stéphane Fert
Biennale Boulez (2) : l’Intercontemporain et les Métaboles, de Palestrina à Filidei
Manon Bonnenfant

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture