Performance
Thibaud Croisy au plus profond du mal à Artdanthé

Thibaud Croisy au plus profond du mal à Artdanthé

13 mars 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans le cadre de la 22e édition du Festival Artdanthé qui se tient au Théâtre de Vanves jusqu’à demain, le performeur que l’on aime tant, le roi du langage, Thibaud Croisy, s’empare du corps dans les moindres recoins.

Ah…Thibaud Croisy… On se souvient encore de ses rêves érotiques qui avaient pour objet de fantasme Fleur Pellerin et de sa quête originelle pour La Prophétie des Lilas. La dernière fois, pour Témoignage d’un homme qui n’avait pas envie d’en castrer un autreil nous avait invités à nous allonger dans la grande salle de la Gaîté Lyrique, vidée et tapissée d’une épaisse moquette pour écouter ses discussions avec un maître SM. Alors, en entrant dans le Théâtre de Vanves,  on se doute bien qu’il va nous parler, intensément. Ce n’est pas que nous sommes devins, mais le titre parle de lui même : D’où vient ce désir, partagé par tant d’hommes, qui les pousse à aller voir ce qu’il y a au fond d’un trou?  Une question pour un titre. Et pas mal de réponses pendant l’heure que dure cette pièce.

Seul en scène, il est un peu inquiétant, son regard peut être celui d’un tueur, mais un tueur next door, comme ceux qui ont un prénom pour nom.  « Les mobiles des crimes sont toujours les mêmes » nous dit-il devant son micro. Cela pourrait être une conférence si le sol n’était pas brisé. Un sol de verre en miettes, mix de miroirs et de petits morceaux reflétant la lumière qui rend le tout un peu violet. C’est surréaliste et tellement beau. La scénographie est signée d’un proche de Régy, Sallahdyn Khatir.

Alors voilà, c’est l’histoire d’un mec qui rencontre une fille, rien que ça en fait. Et la fille « était belle comme une attraction ». Lui travaille de façon intellectuelle sur les crimes, elle est légiste et rend très jolis les cadavres. Disons que la demoiselle témoigne dans l’intimité d’une certaine déformation professionnelle. De temps en temps, il la fait parler, et elle dit « Je voulais qu’il puisse élargir les limites de son cerveau ». 

Jusqu’où va l’amour, jusqu’à « fouiller dans le corps de l’autre » ? Dans les mots précis de Croisy, dans sa diction impeccable et ses doigts qui marquent le tempo, le conte avance, mais comme dans les versions non censurées par Disney. Ça finit mal, très mal.

L’ensemble est fascinant, ce seul en scène captive autant par la folie du propos que par la précision de l’écoute obtenue.

Reste à savoir quand nous pourrons revoir cette pièce présentée en avant-première à Artdanthé. Le festival, lui, continue, et pour l’instant aucune annulation n’est prévue jusqu’à demain. 

 

Visuel : Artdanthé

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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