Théâtre
La politique fluo et gonflée de Wichaya Artamat au Festival d’Automne

La politique fluo et gonflée de Wichaya Artamat au Festival d’Automne

14 octobre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La MC93 et le Festival d’Automne accueillent pour la première fois le travail très coloré de Wichaya Artamat. Four Days in September (The Missing Comrade) nous place de façon absurde dans une allégorie de l’histoire de la Thaïlande. 

Pool Party

Le plateau est envahi d’accessoires de piscine : des bouées en forme de tous les animaux possibles, une arc-en-ciel, une palmier, et des petits canards partout. Au-dessus de Jaturachai Srichanwanpen, Nualpanod Nat Khianpukdee, Saifah Tanthana, Suranya Poonyaphitak et Witwisit Hiranyawongkul se trouvent un ventilateur et un grand voile multicolore. Un ventilateur, dans une piscine ? Absurde ! Oui, absurde, car ce n’est pas une piscine mais un appartement où des amis se retrouvent sur l’idée d’un oncle absent pour fêter l’anniversaire du… ventilateur.

Tout n’est que symbole dans cette pièce délirante qui n’a aucun sens, à l’instar de la politique du pays. C’est bien sûr cela qui veut être transmis, ce qu’un État fait à nos identités, à nos modes de pensée. On apprend via la feuille de salle que l’objet ventilateur est une permanence dans toutes les maisons thaïlandaises, qu’il règne sans qu’on le voie, qu’il dirige, comme le roi. Le roi dont le nom change tout le temps dans ce pays à l’histoire bancale où l’on trouve des « dynasties récentes ». 

La pièce se divise en quatre journées, pas mal d’années d’écart, entre 1990 et 2032, et cinq dates clés qui scandent le rythme du spectacle : le 1er septembre 1990, où un défenseur de l’environnement s’est suicidé, le 11 septembre 2001, le 19 septembre 2006 (jour du coup d’État militaire) et en même temps le 19 septembre 2020 (manifestation pro-démocratie) et le dernier, dans le futur, le 21 septembre 2032, journée de la paix. 

Hamster et réincarnation

Dans la série des affaires qui occupent nos protagonistes, il y a nombre de disparitions plus ou moins foutraques. L’une des plus drôles est celle de Mouss le hamster qui se serait barré avec un rat dans une union contre nature. Le texte n’arrête pas de s’amuser de situations surréalistes, comme une grossesse qui dure trente ans car le bébé ne veut pas sortir tant que la démocratie ne sera pas là. Et elle semble loin. Ils interrogent : « Il n’y a pas que les monarques qui savent punir ? » Ils rêvent d’être des « humains et non des grains de poussière ». 

C’est décalé et délicieux, incroyablement frais. Ils utilisent des codes que nous connaissons peu pour amener l’histoire politique au plateau. Ils s’amusent du métathéâtre en se regardant jouer et en commentant leur place dans la pièce. Les comédiens incarnent à la perfection ce double jeu qui se pare sans cesse de couches successives. Tous s’amusent en surjeu et en prise de conscience d’eux-mêmes. 

On sort de là avec une furieuse envie de plonger dans un livre d’histoire et de suivre de près le travail de Wichaya Artamat. 

Jusqu’au 17 octobre 2021 à la MC93.

Visuel: ©Wichaya Artamat.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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