Danse

Sa Majesté des Cygnes

14 juillet 2010 | PAR Alienor de Foucaud
  

Conte fantastique où le réel et l’imaginiare s’interpénètrent, Le Lac des Cygnes peut se lire comme une allégorie de l’amour impossible. L’être aimé appartient à un autre monde, le jeune fille-cygne est rendue intouchable par sa « surnature ». Inspiré des légendes nordiques de princesses métamorphosées en cygnes, le ballet est composé en 1875 à la demande du théâtre du Bolchoï. Reprenant le traditionnel leitmotiv des opéras de Wagner, Tchaikovski attribue aux principaux personnages des thèmes mélodiques qui reviennnent et se développent à chacune de leur apparition, créant une composition globale homogène, à caractère symphonique.

En 1895, le tandem Petipa/Ivanov met en scène la version définitive du ballet: Odile devient le « double noir » d’Odette, la princesse des cygnes blancs, apparaîssant comme la créature du mauvais génie Rothbarth, destiné à tromper le prince Siegfried. Ainsi, le prince devient la victime d’une machination, et non plus le coupable auteur de la mort d’Odette.

Le ballet s’ouvre par le vombrissement d’un Allegro non troppo aux vibrations sonores résonnantes, habitant le corps et l’âme tout entiers: le ton est donné. Force et puissance accompagneront la souffrance et la douleur des cygnes. Les festivités démarrent, toute la cour est rassemblée pour fêter l’anniversaire du prince. Le cérémoniel des danses galantes donne lieu à une mise en scène théâtrale qui peine à laisser la danse parler pour elle-même. L’apparition très remarquée du bouffon, réhabilité par Igor Zelenski, assombrit l’arrivée du prince. Jeune adolescent féru de chasse, Siegfried porte son arbalète rappellant la chasteté et la pruderie d’Hippolyte, fils de l’Amazone. Ce n’est qu’à l’acte II, lors de sa rencontre avec Odette, qu’il se révèle au public, par des duos de séduction et de charme.

Ce premier acte « blanc » est placé sous le signe de la légereté et de l’harmonie. Les mouvements d’ailes et du cou du cygne sont évoqués par de légers balancements de tête et de gracieux ports de bras. Les bras ne restent jamais indifférents au développement de l’action: tantôt arrondis au-dessus de la tête, tantôt oscillants, tantôt repliés, tantôt retombant doucement sans force, ils dansent et suggèrent le trouble, la peur ou la détresse, répondant à la tristesse élégiaque de Tchaikovski. Odette en équilibre sur une pointe, l’autre jambe soulevée en arabesque, semble prête à l’envol, les bras déployés des deux côtés, la voilà devenue oiseau.

En écho à l’acte I, l’acte III reprend les décors festifs et théâtraux de la cour: danses folkloriques, grelots, saltimbanques et autres danses de caractères animent la scène dans un décor très travaillé parfois trop, engouffrant la danse dans un ensemble grandiloquant. L’arrivée du cygne noir se fait attendre mais le célébre « grand pas d’action » ne manque pas à l’appel. C’est dans la coda de ce morceau de bravoure que la ballerine italienne Pietrina Legnani introduisit les fameux trente deux fouettés, sa spécialité.

La mort du cygne et du prince entrainés dans les eaux du lac à l’acte IV, peut signifier le triopmphe du mal, mais surtout la quête sans cesse renouvelée d’une perfection jamais atteinte. La mise en tension entre deux forces opposées tout au long du ballet et la dualité du cygne, rappelle la face double de l’homme tiraillé entre les vertus du bien et du mal.

Le Ballet de Novossibirsk s’affirme une nouvelle fois dans la lignée des écoles russes par le métissage et l’alliance de la rigueur de la danse académique aux pas empruntés de divers folklores. Igor Zelenski privilégie cependant la danse pure malgré un décor très chargé et des mises en scènes théâtrales, seules comptent réellement la beauté des lignes, la clarté des pas et la grâce des interprètes. La vituosité est portée à son plus haut niveau d’expression, les rencontres pouvant prendre l’allure d’un défi, partager une souffrance ou révéler une diabolique machination.

Le Lac des Cygnes, Ballet de Novossibirsk, Festival des étés de la danse de Paris, Théâtre du Châtelet, jusqu’au 17 Juillet. La Bayadère, du 20 au 24 Juillet

www.lesetesdeladanse.com

 

Dans le cadre du festival des étés de la danse de Paris, le Ballet de Novossibirsk, dirigé par Igor Zelenski présentait hier la première du Lac des Cygnes au théâtre du Châtelet. Le célébrissime ballet de Tchaikovski n’a pas pris une seule ride et continue de faire vibrer un public fidèle et enthousisate

 

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